le 03 Septembre 2010
 Le Symbolisme Rasta
Le Symbolisme Rasta



La vision du monde façonnée par les rastas est peuplée de signes, mythes, et symboles. Les anciens se livrent régulièrement à de longues discussions (groundings & reasonings) au cours desquelles la réalité fait l’objet d’un décryptage symbolique. L’art et l’artisanat témoignent par ailleurs de la richesse du symbolisme rastafarien. Il serait fastidieux d’en dresser l’inventaire (sceau de Salomon, nombres et lettres, le bâton de berger, croix coptes, mains jointes, couleurs…) complet, aussi avons-nous choisi de nous intéresser ici à la thématique du feu, à l’Afrique comme géosymbole, ainsi qu’à la figure du lion.

« Rastafire »


Dans la symbolique rastafarienne, le feu représente à la fois un élément créateur et une force destructrice1. Le feu est aussi synonyme de jugement pour les hommes (« judgeman ») : « jugés dans le feu éternel » pour reprendre la formule apocalyptique énoncée dans le Kebra Negast (« La Gloire des Rois »). Tout comme dans la tradition chrétienne, le feu, pour les rastas, s’apparente à un attribut divin2. Il manifeste la présence (c’est en effet sous cette forme qu’il se manifeste aux prophètes Isaïe et Ezéchiel) et la toute puissance de Jah. S‘il peut constituer une menace ou un châtiment (« blood and fire !» ; « fire burn !» ; « bun dem ! »), les rastas mettent en avant sa dimension purificatrice et régénératrice. Rejetant le baptême par immersion ou par affusion, bon nombre de rastas (à l’image de Bob Marley) déclarent fièrement être « baptisés par le feu ». Certains chants nyabinghi illustrent parfaitement cette glorification du feu : « Brimstone and fire burning. Rastafari trodding up with no water only fire».
Le feu prend également une portée métaphorique. Il peut s’agir d’une flamme intérieure décrite comme une énergie vitale éminemment positive : « It’s like a little fire inside (…) Keeps on burning » (Ras Michael). En outre, le feu est un élément inséparable des cérémonies nyabinghi (« grounations » ; « ivine issemblies ») et c’est autour de celui-ci que se concertent les patriarches de la communauté. Marque élective, le feu, sous ses diverses formes (le feu céleste par exemple : la foudre et le tonnerre3), constitue un élément tutélaire et sacré. C’est à la fin des années quarante (donc bien avant le phénomène Bobo), au sein du groupe de rastas radicaux de la « Youth Black Faith », que le feu deviendra l’objet d’une véritable sanctification.

L’Afrique comme espace géosymbolique


Orphelins et exilés, les rastas jamaïcains dépassent leur sentiment de « déterritorialité insulaire » en systématisant la référence à l’Afrique dans leurs créations artistiques et artisanales. Terre nourricière et maternelle, l’Afrique est omniprésente dans l’iconographie rasta. Les représentations relatives au continent des origines apparaissent donc sur tous les supports possibles : peintures, bijoux, sculptures, parures... Epicentre de la cosmologie rastafarienne, l’Afrique est bien plus qu’une simple entité physique, géographiquement circonscrite, c’est avant tout un géosymbole dans le sens où Joël Bonnemaison (professeur de « géographie culturelle ») l’entend : « la structure symbolique d’un milieu, d’un espace, ses significations. Le géosymbole donne sens au monde, il est éthique et métaphysique. C’est la spiritualité d’un lieu : ce que l’on appelle l’esprit d’un lieu. »4
C’est précisément dans ce même état d’esprit qu’il faut interpréter cette réflexion de Bongo Nyah : « L’Afrique n’est pas seulement ce continent inscrit sur les cartes du monde. L’Afrique symbolise notre unité éternelle, notre parenté. Ce mot est une énergie, une force que nous portons en nous, dans notre cœur. Où que nous soyons sur cette terre, l’Afrique nous accompagne toujours, elle est toujours en nous. » Terme macrosymbolique, « Africa » est profondément enraciné dans la conscience collective rasta, et s’impose à la fois comme réalité terrestre et comme une énergie vitale intérieure. Plus encore peut-être que la figure divine d’Haïlé Sélassié Ier, l’Afrique est l’alpha et l’omega de l’idéologie et de la théologie rastafarienne. Dispersée, la « Nation Rasta » occupe un espace « réticulaire », c’est-à-dire un ensemble complexe de réseaux transgéographiques (abolissant les notions de frontières et d’éloignement, à l’image d’Internet largement investi et utilisé par les rastas). « Peuple » diasporisé, les rastas se rattachent à un même espace spirituel : « Il regroupera les dispersés de Juda des quatre coins de la terre » (Isaïe XI : 12).
Plus qu’un lieu précis, le Mont Sion (« Mount Zion ») se définit avant tout comme lieu spirituel et c’est notamment en ce sens que Bob Marley répondait à la question d’un journaliste « où résidez-vous », « ma tête est ma maison ». Toujours dans cette même optique, le Roi des rois prononcera la phrase suivante : « Après que notre Créateur irréprochable fut envoyé dans ce monde par Son Père, les cœurs de tous les croyants sont alors devenus le Temple de Dieu. »5

« The Conquering Lion »


Animal emblématique de la royauté éthiopienne (emblème animalier de la dynastie davidique et salomonique), le lion est sans aucun doute le symbole le plus souvent associé à l’identité rastafarienne. Dès les prémices du mouvement Rastafari, les premiers prédicateurs confrontent les titres hérités par Haïlé Sélassié Ier (né sous le signe du lion…) lors de son sacre impérial en novembre 1930 (« Seigneur des seigneurs, Lion Conquérant de la Tribu de Juda, élu de Dieu et Défenseur de la foi ») à plusieurs passages de la Bible. Tout comme l’agneau, le lion est l’une des figures du Christ (« Juda est un jeune lion » (Genèse XXXXIX : 9 ).
Très vite, le Négus est exalté comme le nouveau messie libérateur du peuple noir tel ce lion conquérant et victorieux mentionné dans les premiers chants rastas : « The Lion of Juda shall break every chain and give us the victory again and again…»
Dans le bestiaire biblique, le lion se distingue, par la noblesse de ses qualités, des autres animaux (âne, serpent, bouc, bélier…), et s’oppose, par sa droiture, à la cohorte tératologique des dragons, Baal, Bélial et autres monstruosités démoniaques6. Animal quasi-totémique, le lion incarne au yeux des rastas les plus hautes qualités humaines : celles de courage, de dignité, de noblesse, de souveraineté, et de résistance7… Cette vision anthropomorphe du lion se traduit dans leur expression : « Lion-Man ». Les rastas opèrent un parallèle entre leurs dreadlocks et la crinière léonine. L’intellectuel rastafarien, Dennis Forsythe souhaite faire évoluer le mouvement rastafari dans la voie de ce « lionism ».
Figure impériale, le lion figure sur de nombreuses peintures éthiopiennes retraçant l’histoire du royaume abyssin. S’inscrivant dans cette même filiation picturale, l’art rasta le représente souvent au cœur d’un bouclier de David8, pourvu d’une couronne, du sceptre royal ou d’une croix copte éthiopienne. Dans la théologie rasta, le Roi des Rois apparaît sous les traits de deux métaphores animalières complémentaires : le lion (conquérant) et l’agneau (la sagesse). La référence au « lion de la tribu de Juda » intervient chaque fois qu’un rasta tente d’expliquer sa croyance en Jah Rastafari : « Et je pleurais beaucoup de ce que personne ne fût trouvé digne d’ouvrir le Livre ni de le regarder. Et l’un des vieillards me dit : Ne pleure point ; voici le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David, il a le pouvoir d’ouvrir le livre et ses sept sceaux. »9
D’aucuns ironiseront sur les penchants carnassiers du roi des animaux, peu compatible avec la diététique I-tal prônée par les rastas. Objection rapidement écartée par ces derniers qui citent une fois de plus les Ecrits Saints : « Le lion comme le bœuf mangera de la paille »10…


Notes :

1 - Cette symbolisation contradictoire n’est pas sans évoquer cette réflexion du théoricien anarchiste Bakounine : « La passion destructrice est une passion créatrice. »

2 - Voir à ce propos Genèse XV : 17 ; Exode III : 2 ; Exode XIII : 21 ; Psaumes XXVI : 2 ; Apocalypse XX : 9-10 et 14-15…

3 - Bongo Wato (Ras Boanerges) et ses frères s’en réclamaient explicitement en se nommant les « fils du tonnerre » : « sons of thunder ».

4 - Joël Bonnemaison, La Géographie Culturelle.

5 - Discours (1968) extrait de L’Ethiopie « Terre de la Chrétienté » (Editions Jahnhoy / 2 euros / contact : 06.09.67.75.22 / jahnhoy@free.fr). Dans le même esprit, le Négus affirme également : « L’Eglise n’est pas seulement une construction… Ainsi, comme le nom s’applique à l’édifice, notre cœur aussi est l’église où Dieu réside ».

6 – Dans le tétramorphe (les quatre vivants cités dans Ezéchiel et l’Apocalypse) le lion symbolise le feu et la résurrection. « Il renvoie à l’Apocalypse, où le premier des quatre êtres vivants remplis d’yeux devant et derrière qui entourent le trône céleste est dépeint sous l’apparence d’un lion, et à Ezéchiel (I : 4-15), où le char de Yahvé apparaît avec quatre animaux, semblables à des charbons de feu ardent qui ont chacun quatre faces, dont une face de lion. » (Le Dictionnaire des Symboles).

7- Durant le conflit italo-éthiopien, la section rebelle des « lions noirs » ont vaillamment résisté aux troupes armées de l’envahisseur fasciste.

8 – dit aussi « sceau de Salomon » : étoile à six branches formée de deux triangles équilatéraux entrecroisés.

9 - Apocalypse V : 4-6.

10 - Isaïe XI : 7.











Le livre « Jah Rastafari : abécédaire du mouvement Rasta » est de nouveau disponible dans une nouvelle édition :


JAH RASTAFARI

Abécédaire du Mouvement Rasta

de

Boris Lutanie






COMMANDE EN LIGNE : Vous pouvez vous procurer ce livre sur le site laboutiquedesartistes.com CLIQUEZ ICI


- Quatrième de couverture :







Descriptif :
ISBN : 2-913723-12-2
Dépôt Légal : troisième trimestre 2007.
95 pages.
Prix : 15 euros.






Dossier de Presse :




- RAGGA

« Vous connaissez tous Boris. Car depuis quasiment les débuts de votre magazine préféré, il anime la rubrique Rastalogie pour mieux nous faire connaître cette culture, facette indéniable du reggae. Il n’est jamais facile pour un passionné de trouver un équilibre entre l’amour d’une culture et l’acuité descriptive, car ces deux notions s’annulent souvent chez les confusionnistes. Idem pour la tentation d’aller chercher dans un savoir des réponses toutes faites validant son empirisme (ou pour d’autres, leurs angoisses !). Il nous a semblé, à nous autres animateurs de Ragga, que Boris Lutanie avait résolu, le temps de ses articles mesurés et honnêtes, cette quadrature du cercle exempte de jugement péremptoire et véhéments sur un sujet sensible comme la foi Rasta. Raisons de plus pour solliciter une vraie rencontre célébrant la parution de son dernier opus. Si Lutanie se défend de toute objectivité forcément prétentieuse, qu’il nous laisse le droit, sa modestie dut-elle en souffrir, de faire l’éloge de la subjectivité radicale de son ‘’Abécédaire du Mouvement Rasta’’. Comme une invitation pour chacun à trouver sa voie à travers cette foi. »

Article de Bruno Debord publié dans Ragga magazine (n°36, décembre 2002), page 50.



- GROOVE

« Boris Lutanie, notre confrère journaliste chez Ragga, a récemment sorti « Jah Rastafari» (le Chat Noir Editeur), un ouvrage très intéressant sur le mouvement rasta. Sous forme d’un abécédaire allant d’Africa à Zion en passant par des termes plus complexes comme Nyabinghi, ce livre est plus complet que le précédant « Introduction au Mouvement Rastafari » sorti en 99 et épuisé depuis. Vous comprendrez donc l’importance du port des Dreadlocks chez les Rastas, la notion perpétuelle du retour en Afrique ou encore qui était Haïlé Sélassié. Après lecture de ces 85 pages, plus question d’écouter sans réfléchir les paroles de nos Reggaemen jamaïcains ! »

Chronique publiée dans Groove (n°67, janvier 2003), page 29.



- VIBRATIONS

« S’il n’a pas la notoriété que la presse rock a pu donner à Salewicz et Boot, Lutanie n’est pas vraiment un inconnu. Déjà à l’origine d’une « Introduction au Mouvement Rastafari », il sait nourrir sa plume d’une érudition qui n’est jamais gratuite. Il donne des éclairages inédits sur des malentendus (le mythe d’Haïlé Sélassié et la description de son voyage d’avril 1966 à Kingston), met en relief des glissements sémantiques (le fameux « Babylone » qui peut symboliser tous les aspects de l’autorité et de l’oppression)…»

Extrait de « Liner Notes », la chronique de Pascal Bussy, Vibrations (n°52, avril 2003), page 12.


- SOUL R&B

« Après la parution d’ « Introduction au Mouvement Rastafari » sort en mars 1999 au Chat Noir Editeur (réédité chez l’Esprit Frappeur en 2000 et 2002), Boris Lutanie nous présente une nouvelle publication consacrée à Rastafari, sous la forme d’un abécédaire, toujours au Chat Noir Editeur. Un ouvrage qui se veut plus complet que le précédant et qui vous permettra de décoder l’univers Rastafari le plus simplement du monde, sans pour autant tomber dans les clichés habituellement véhiculés sur le genre. »

Chronique publiée dans Soul R&B (n°6, décembre 2002, janvier 2003), page 11.








Introduction

Africa
Babylone
Cannabis
Dreadlocks
Ethiopisme
Fédération Mondiale Ethiopienne
Garvey
Howell
I&I
Jah
Kebra Negast
Livity
Marley
Nyabinghi
Origines
Politique
Queens
Rastafari
Selassié
Twelve Tribes of Israel
Unity
Végétarisme
War
Xaymaca
Youth Black Faith
Zion

Notes
Bibliograhie






EXTRAIT DU LIVRE (pages 9-11) :



AFRICA

Le Retour en Afrique est la pierre angulaire du mouvement Rastafari. L'espoir de quitter un jour prochain (« soon come ») le lieu d’exil pour la Terre-Mère est indissolublement lié à l’émergence de ce courant et demeure à ce jour un enjeu fondamental : « Repatriation is a must ! » L’idée du retour est bien antérieure aux revendications des rastas. En 1816, Paul Cuffee parvient à rapatrier trente huit esclaves en Sierra Leone. L’année suivante, l’ACS (American Colonization Society) propose à quelques afro-américains affranchis de retourner sur la terre ancestrale. Le bilan d’une telle opération se révèle toutefois partiel et controversé. Figure de proue du « Back to Africa movement », Marcus Garvey inaugure en 1919 une flotte maritime (Black Star Line Steamship Corporation) destinée à rapatrier la population noire sur le continent originel : « Nous retournons chez nous en Afrique pour en faire la grande république noire. » Accusé de sombrer dans le séparatisme et le « sentimentalisme géographique » par les partisans d’une intégration des citoyens noirs dans la société américaine, Garvey doit par ailleurs faire face aux complots judiciaires montés par le FBI. Les rêves du Moïse noir ne verront jamais le jour. Quoiqu’il en soit, la vision d’un possible Black Exodus pour les descendants d’esclaves continua de germer dans les esprits. En Jamaïque, les prémices du mouvement rasta reflètent une préoccupation identique : l’abolition de l’esclavage ne saurait être conçue comme une fin en soi, mais bien comme une étape vers un retour définitif à la terre natale : « Ethiopie, Terre de nos Pères. » Frappée par une pauvreté endémique, la Jamaïque connaît un véritable phénomène de « fuite migratoire ». Mis à l’index de la société jamaïcaine, les rastas attendent impatiemment que sonne l’heure de la délivrance. Malgré diverses tentatives de rapatriement avortées, initiées par Leonard Howell (1934), Prince Emmanuel (1958) ou Claudius Henry (1959), la communauté rastafarienne manifeste dans les rues de Kingston et scande à l’unisson : « Repatriation, yes ! Migration, no ! » Aussi légitime soit-il, le souhait des rastas ne rencontre qu’indifférence dédaigneuse chez la plupart des jamaïcains. En 1961, le gouvernement jamaïcain finance néanmoins une délégation composée de rastas, de représentants d’organisations noires et d’officiels gouvernementaux, en vue d’étudier l’éventualité d’un retour concret en Afrique. Cette première « Mission to Africa » sillonne de nombreux pays et les émissaires rastafariens obtiendront une audience prometteuse avec Haïlé Sélassié. En 1955, l’Empereur avait fait don d’un territoire de 500 hectares à la diaspora noire. En dépit des accords signés par plusieurs représentants africains, la mission se solde une fois de plus par un échec. De retour en Jamaïque, le gouvernement enterre le projet et la communauté rastafarienne se retrouve une fois de plus abandonnée et trahie par les « polytrickers ». Les rastas organiseront en 1963 une seconde mission (non-officielle) au cours de laquelle le Négus confirmera de nouveau son accord pour le rapatriement : « L'Ethiopie doit faire face à de nombreux problèmes. Cependant, nous accueillerons les frères rastas désirant résider ici. » Membre de cette seconde mission to Africa, le patriarche rasta Brother Samuel Clayton n’a jamais renoncé à l’espoir de retourner avec les siens sur la terre des ancêtres. Aujourd’hui encore, il légitime ce combat pour le rapatriement en vertu du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes :
« Nous les caraïbéens avons été victimes de l’esclavage. En 1665, John Hawkins a reçu une charte royale de la reine Elizabeth I l’autorisant à transporter des esclaves d’Afrique dans les Antilles. C’est en raison de ce syndrome de la déportation que le désir du retour en Afrique est né chez certains groupes, et c’est devenu une école de pensée portée par Marcus Garvey et les rastas. C’est un sentiment légitime et humain. Nous voulons rentrer chez nous en Afrique et aider les africains (…) Tout le monde ne veut pas forcément rentrer en Afrique, mais ceux qui ont ce désir devraient avoir cette liberté d’action. A nos yeux c’est un problème de restructuration globale sans laquelle aucun équilibre n’est possible. Le fait que les gens ne soient plus à leur place engendre le crime et la violence. » Totalement ignorée par les nations impliquées dans la traite négrière, l’idée d’un rapatriement massif sur le sol natal s’est heurté à des difficultés insurmontables. A défaut d’un retour collectif, la migration individuelle se poursuit en différents pays d’Afrique. Pour une large partie de la nouvelle génération de rastas, l’Afrique n’est plus envisagée comme la destination finale mais comme un lieu de pèlerinage. Un hiatus générationnel sépare les nouvelles orientations du mouvement et les déclarations d’un Prince Emmanuel : « L’Afrique est le grenier à blé du monde. Retrouvons le chemin de L’Afrique avant qu’ils n’en ferment tous les accès. Souvenez vous des paroles de l’Honorable Marcus Garvey : Je préférerais être pauvre en Afrique que riche en Occident. » Rongée par les mythes, Mama Africa ne serait plus en mesure d’offrir la vie édénique imaginée par ses orphelins d’outre-atlantique. Aujourd'hui, le mouvement Rastafari est partagé entre la conception traditionnelle d'un rapatriement « physique » et celle d'un « retour spirituel », culturel, au continent noir.


















Boris Lutanie
 (26 avril 2004)


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