ACCUEIL Le 03 Septembre 2010
Mgr Oscar Arnulfo Romero
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Dernière homélie de Mgr...

Service anniversaire de Dona Sarita ; Dernière homélie de Mgr Romero ;
24 mars 1980.

Plusieurs se surprennent, ils pensent que le christianisme ne devrait pas se mêler de toutes ces choses, alors que c’est le contraire. Vous venez d'entendre dans l'Évangile du Christ qu'il est nécessaire de ne pas tant s'aimer soi-même, de ne pas désirer s'éviter les risques de la vie que l'Histoire exige de nous, et que celui qui désire éloigner de lui ce danger, perdra sa vie. Au contraire, celui qui se donne par amour au Christ au service des autres, celui-ci vivra comme le grain de blé qui ne meurt qu'en apparence. S'il ne mourait pas, il demeurerait seul. Si la récolte existe, c'est parce qu'il meurt, parce qu'il se laisse immoler dans cette terre, et c'est ainsi qu'il produit la récolte.

Depuis cette éternité, Dona Sarita a merveilleusement confirmé ce qu’affirme ces pages du Concile Vatican II que j’ai choisies pour elle. «Nous ignorons le temps où aura lieu la consommation de la Terre et de l’humanité. Nous ne connaissons pas non plus de quelle manière l’univers se transformera. La face de ce monde, enlaidie par le péché, passe, mais Dieu nous enseigne qu’Il nous a préparé une nouvelle demeure et une Terre nouvelle où habite la justice et dont la béatitude est capable de rassasier et de surpasser toutes les aspirations de paix qui surgissent dans le cœur humain. Une fois la mort vaincue, les fils et les filles de Dieu ressusciteront dans le Christ et ce qui fut semé sous le signe de la faiblesse et de la corruption, sera revêtu de l’incorruptibilité et demeurera la charité de leurs œuvres, ils se verront libérés de la servitude de la vanité de toutes les créatures que Dieu créa en pensant à l’être humain.

Il nous avertit qu’il ne sert à rien à l’homme de gagner le monde s’il se perd lui-même. Néanmoins, l’attente d’une Terre nouvelle ne doit pas l’amortir mais au contraire aviver davantage en lui la préoccupation de parfaire cette Terre où croît le corps de la nouvelle famille humaine, lequel peut, d’une certaine manière, anticiper l’aube du siècle nouveau. Même s’il faut savoir distinguer attentivement le progrès temporel et la croissance du Règne du Christ, le premier, en tant qu’il peut contribuer à mieux ordonner la société humaine, intéresse en grande mesure le Règne de Dieu.
Donc, les biens de la dignité humaine, l’union fraternelle et la liberté, en un mot, tous les fruits excellents de la nature et de notre effort, après les avoir propagés sur la Terre, dans l’Esprit du Seigneur et en accord avec les commandements, nous les retrouverons pures de toutes taches, illuminés et transfigurés, lorsque le Christ livrera au Père le Règne éternel et universel. «Règne de vérité et de vie, Règne de sainteté et de grâce, Règne de justice, d’amour et de paix.» Le Règne est déjà mystérieusement présent sur notre Terre et lorsque le Seigneur viendra, il consumera sa perfection.»

C’est cela l’espérance qui nous alimente nous les chrétiens. Nous savons que tout effort pour améliorer une société, surtout lorsque l’injustice et le péché y sont si incrustés, est un effort que Dieu bénit, que Dieu veut et que Dieu nous exige. Et lorsque nous rencontrons des gens généreux dont la pensée s’incarne et qui travaillent pour des idéaux, il faut essayer de les purifier dans le christianisme, tâcher de les revêtir de cette espérance de l’au-delà, parce qu’ils deviendront alors plus forts. Nous avons la certitude que tout ce que nous semons sur la Terre, si nous l’alimentons de l’espérance chrétienne, n’échouera jamais, nous le retrouverons purifier dans ce Règne où précisément, le mérite est dans ce que nous aurons fait sur cette Terre.

Sinon, je crois bien que nous espérerions en vain en ces heures d’espérance et de lutte. Rappelons-nous, avec reconnaissance, de cette femme généreuse qui sut comprendre les inquiétudes et les efforts de son fils et de tous ceux qui travaillent pour un monde meilleur. Elle sut également faire sa petite part pour soulager la souffrance. Et il n’y a pas de doute que cela est la garantie que son Ciel doit être également à la mesure de son sacrifice et de cette compréhension qui manque à plusieurs en ce moment au Salvador.

Je vous supplie tous de considérer ces choses depuis le moment historique, avec cette espérance, avec cet esprit de don de soi, de sacrifice et de faire ce que nous pouvons. Nous pouvons tous faire quelque chose, en débutant par un sentiment de compréhension. Cette sainte femme dont nous honorons la mémoire aujourd’hui, ne put peut-être pas faire des choses directement, mais elle encouragea ceux qui pouvaient travailler, elle comprenait leur lutte et surtout, elle priait. Ce qui fait que même après sa mort, elle nous dit ce message d’éternité : «Il vaut la peine de travailler parce que toutes ces aspirations de justices, de paix et de bien que nous avons déjà sur cette Terre, nous les avons formées en nous nourrissant d’une espérance chrétienne, parce que nous savons que personne ne peut pour toujours et que ceux qui ont mis dans leur travail un sentiment de foi très grand, d’amour à Dieu, d’espérance entre les hommes, tout cela donc nous revient maintenant, dans les splendeurs d’une couronne qui doit être la récompense de tous ceux qui travaillent ainsi, répandant les vérités, l’amour, la justice et les bontés sur la Terre. Tout cela ne demeure pas ici, sinon que purifié par l’Esprit de Dieu, cela nous sera rendu et donné en récompense.

De cette sainte messe, donc, de cette Eucharistie, est précisément un acte de foi : Avec la foi chrétienne, il semble en ce moment que la voix diatribe se convertit en corps du Seigneur qui s’offrit pour la Rédemption du monde et qu’en ce calice, le vin se transforme en ce Sang qui fut le prix du Salut. Que ce Corps immolé et ce Sang sacrifié pour les hommes, nous alimentent également pour offrir notre corps et notre sang à la souffrance et à la douleur, comme le Christ, non pour soi-même, sinon pour apporter des concepts de justice et de paix à notre peuple. Unissons-nous donc intimement, en foi et en espérance, à ce moment de prière pour Dona Sarita et pour nous.

(À ce moment précis, se fit entendre une détonation…) » 24/03/80, p.382-384, VIII.

Oscar Romero s'écroule abattu d'une balle explosive en plein coeur. Nous sommes le lundi 24 mars 1980, il est environ 17:30 heure du Salvador.


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AUTEUR : Traduit par Yves Carrier    DATE : 21 juin 2005
 
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Yves Carrier est l'auteur de : "Le discours homilétique de Mgr Oscar A. Romero, Les exigences historiques du Salut-Libération, Paris, L'Harmattan, 2004, 324 pages. Il détient un doctorat en théologie de l'Université Laval, Québec, Canada. Il vient de publier en 2008, "Lettre du Brésil, L'évolution de la perspective missionnaire", Academia-Bruylant, Louvain-la-Neuve, 376 pages.
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