L'alphabétisation, la clé
Par : Marie-Julie Gagnon le 25 mai 2004

Tous les intervenants qui travaillent auprès des enfants en situation difficile sont d’accord : l’alphabétisation est nécessaire à leur réinsertion. Avec l’écoute, la sensibilisation, l’hygiène, la santé et la nutrition, l’éducation apparaît comme la clé qui permettra aux jeunes d’ouvrir les portes d’un avenir meilleur.
Professeur de St-Louis« Il n’est plus question que les enfants
apprennent uniquement le coran, croit
fermement Samba Tidiane Tounkara,
fondateur de l’association And Taxawu
Talibe (Union d’Appui aux Talibés). Il faut
ajouter le français. C’est quelque chose
d’essentiel. Cela permet aux enfants
d’avoir une certaine ouverture, de
comprendre qui ils sont et de pouvoir
véhiculer le coran. »

« Il faut former les jeunes, insiste aussi
Souleymane Anne, de la maison d’écoute
Action Enfance Développement, qui a
inclus l’alphabétisation à ses activités. Il
faut leur apprendre à lire et à écrire. »

Même son de cloche du côté de Maodo
Diagne, coordonnateur de l’association
d’appui sociale Action Femme Enfant. «
La seule solution à mon avis pour venir
en aide aux filles mères est de les
scolariser, de faire de la sensibilisation en
bas âge, croit-il. Il faut maîtriser
l’analphabétisme. »

Un taux d’analphabétisme encore très
élevé

Au Sénégal, en moyenne un enfant sur
trois ne va pas à l’école primaire. À
l’adolescence, le nombre d’étudiants
diminue encore. Plus des trois quarts des
jeunes de 13 à 16 ans ne poursuivraient
pas leurs études.

Julie Grenier, conseillère en mobilisation
sociale à Saint-Louis pour la Fondation
Paul-Gérin-Lajoie, offre entre autres des
formations aux membres des diverses
associations. « Je coache des
alphabétisateurs », explique la jeune
femme.

Depuis juillet 2003, Alphie Bâ, vice-
présidente et responsable de la formation
et de l’éducation au centre de
l’association And Taxawu Talibe,
enseigne à des jeunes de 7 à 25 ans. Elle
fait partie de ceux qui ont bénéficié du
soutien de la Fondation Paul-Gérin
Lajoie. Ici, les cours sont gratuits. Seidou
Bâ, jeune tailleur qui a appris son métier
grâce à l’appui de l’association And
Taxawu Talibe, s’initie au français dans
un but très précis. « Je veux aller en
Occident, dit-il. Mais d’abord, je veux
maîtriser mon métier. » Ils sont une
cinquantaine comme lui à user les bancs
de l’école dans l’espoir d’un avenir
meilleur.

Un soutien nécessaire
Maimouna Tounkara, formatrice et
trésorière de l’association And Taxawu
Talibe, enseigne au centre depuis la fin
de l’année 2003. La motivation des
enfants l’étonne encore. « Je crois que les
enfants ont besoin d’un appui, de
quelqu’un qui les suive, les aide, avance-
t-elle. Nous aussi, quand nous étions
jeunes, nous avions les mêmes difficultés
scolaires. Mais nous n’avions personne
pour nous aider. Le plus important est de
gagner leur confiance. C’est ce qui est le
plus difficile. Aujourd’hui, ils se confient à
nous. »

Seule ombre au tableau : les parents.
Plusieurs voient d’un mauvais œil que
leur progéniture « perdent du temps » à
étudier. « Le plus difficile est de
convoquer les parents, déplore Mme
Tounkara. C’est encore plus compliqué
pour les filles. Pour certains, la place des
filles est à faire le boulot de la maison. Je
veux leur montrer que les femmes ont une
place importante dans l’école. »

Les rêves font aussi partie des valeurs
cultivées par les formateurs du centre. «
Je discute avec les élèves environ 10
minutes à chaque cours, raconte
Maimouna Tounkara. Je leur demande ce
qu’ils veulent faire dans l’avenir. Il y en a
qui veulent être président, ministre, sage-
femme… Ils ont des rêves fous ! Il y en a
une qui m’a dit que quand elle sera
grande et aura un enfant, elle portera mon
nom… Ça leur permet de s’exprimer et
d’avoir confiance. Tout ce que nous
voulons c’est leur réussite, qu’ils aient un
avenir prometteur. »

L’apprentissage du coran n’est pas mis
de côté pour autant. Samba Tidiane
Tounkara croit que l’alphabétisation
permettra de mieux le comprendre. « Je
pense que le coran, actuellement, n’est
pas véhiculé comme il est défendu. Les
gens s’en parlent de façon arrangée. Le
coran lui-même est tolérance et
allégresse. C’est de cette façon qu’il
faudra le voir. Les talibés des générations
futures, qui auront eu des formations
pourront, au-delà de la mission
coranique, véhiculer le bon message. »

Infos : www.fondationpgl.ca

(Article publié dans le journal La
Presse le mercredi 19 mai 2004.)


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Le 09 Février 2010
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