Jonquière latino !
Par : Marie-Julie Gagnon le 03 août 2003

Décembre 2001. Rafael Hernandez, sa femme, Janeth Franco, et leurs deux enfants, Alejandro et Valentina, quittent leur Colombie natale pour venir vivre au Québec, suite à des menaces de mort proférées au journaliste. Une fois dans la capitale, on annonce aux réfugiés qu’ils iront vivre à… Jonquière. Jonquoi ?!!

Famille Hernandez" On a cherché sur une carte et on
ne trouvait pas Jonquière ! ",
s’exclame Mme Hernandez.

Un peu inquiets, ils montent tout
de même dans l’autobus. La
traversée du Parc des Laurentides
leur paraît interminable. " Il y avait
tellement de neige !, se
souvient-elle. On ne voyait pas la
fin. "

Une fois arrivés à destination, ils
sont accueillis par le Service
Externe de Main-d’œuvre du
Saguenay (SEMO), dont l’une des
missions est d’aider les nouveaux
arrivants à s’intégrer. " Quand les
immigrants arrivent, ils passent
trois jours à l’hôtel, explique
Cecilia Ruiz, chargée de l’accueil,
qui a elle-même immigrée dans la
région avec sa famille il y a 25 ans,
suite aux coups d’état du Chili et
de l’Argentine. On a trois jours – un
total de17 heures ! - pour leur
trouver un logement, des meubles,
les habiller… "

Le choc culturel est d’abord
climatique pour les Hernandez
comme pour plusieurs autres
immigrants. " On ne croyait pas
que l’hiver allait finir ", dit Janeth
Franco Hernandez.

L’une des tâches de Cecilia Ruiz et
sa collègue, Andrée Duchesne, est
de rassurer les nouveaux arrivants.
" On leur dit que le printemps va
arriver, même s’ils ne nous croient
pas, lance Mme Ruiz avec un
sourire dans la voix. Ils sont en
choc. Ils ont tout quitté : leur
langue, leur culture, leur famille.
Ma collègue et moi parlons
espagnols. Ils sont à l’aise, mais
ça ne les empêche pas d’être
inquiets. "

Une fois installés, les réfugiés
fréquentent le centre linguistique. "
Dès qu’ils finissent leur
francisation, il y a un volet consacré
à l’emploi, explique Cecilia Ruiz.
On fait aussi du jumelage avec des
familles québécoises. "

En 1996, la plupart des réfugiés
publiques qui se sont installés
dans la région provenaient
d’ex-Yougoslavie. Depuis 1998, la
majorité proviennent de Colombie
et du Congo. " 52 % des réfugiés
proviennent d’Amérique du Sud et
15 % de l’Afrique ", confirme Mme
Ruiz. Quatre vingt-neuf familles
(263 adultes) de Colombiens
vivraient actuellement à Jonquière.
Une trentaine de personnes ont
toutefois quitté la région il y a
quelque semaines pour trouver du
travail ailleurs dans la province.

Pourquoi Jonquière ?
Un total de 1865 réfugiés sont
venus s’installer dans quatorze
villes québécoises en 2002-2003.
Sherbrooke, Québec et Montréal
sont celles qui en ont accueilli le
plus grands nombres
(respectivement 357, 286 et 217
entre janvier 2002 et mars 2003).
Jonquière se classe en huitième
place, avec 101 personnes.

La grande question des
observateurs extérieurs est
toujours la même : pourquoi
envoyer des réfugiés dans une ville
éloignée des grands centres ? "
C’est lié à la volonté du ministère
de régionaliser l’immigration
comme le veut la politique adoptée
en 1992, rappelle André Lortie,
conseiller en communication au
Ministère des Relations avec les
citoyens et de l’Immigration
(MRCI). Ça permet aux régions de
bénéficier de l’apport de
l’immigration et d’intégrer les
personnes immigrantes à la
majorité francophone. "

Le choix d’une ville est basé sur
plusieurs critères. " Chaque
année, le Québec est en mesure
d’accueillir un certain nombre de
réfugiés, explique M. Lortie. On
envoie les familles dans une ville
selon la disponibilité des
logements, les services, les
emplois et la présence de
membres d’une même
communauté. " Il ajoute que les
compétences des immigrants sont
prises en considération, afin de
combler les besoins en emploi
d’une région donnée.

Un accueil chaleureux
Pas facile toutefois pour les
Hernandez de trouver du travail,
même s’ils ont complété leur
francisation. Le taux de chômage
de la région oscille autour des 11
% depuis mars 2003.
Ex-photographe, Mme Hernandez
venait de décrocher un emploi au
laboratoire photo d’un magasin
Walmart lors du passage de La
Presse, emploi qu’elle n’a
finalement occupé que quelques
semaines. Elle avoue avoir
ressenti une certaine jalousie de la
part de certains collègues. Les
Hernandez se disent malgré tout
très heureux de vivre dans ce coin
de pays.

" Jonquière a pour nous été une
grande surprise, dit Mme
Hernandez. Nous voulions aller à
Québec pour nos enfants, parce
qu’il y a une université, alors nous
étions plutôt fâchés d’apprendre
qu’on nous envoyait ailleurs.
Maintenant, c’est merveilleux.
L’agente qui s’occupe de nous est
très bien, tout le monde aime
beaucoup l’espagnol et notre
culture. Nous avons aussi trouvé la
même nourriture qu’en Colombie. "

Cecilia Ruiz croit pour sa part que
les régions sont idéales pour
l’intégration des nouveaux
arrivants. " Parce que c’est plus
petit, dit-elle. Les gens doivent
parler la langue. On est obligés de
s’intégrer. "

À son avis, les Jonquiérois sont
beaucoup plus ouverts qu’on le
pense. " Personnellement, je ne
vois pas de fermeture. Je n’ai
jamais rencontré de problèmes
lors de la recherche de logements,
par exemple. "

Des familles unies
Les réfugiés continuent d’arriver en
grand nombre dans la région. En
mai dernier, Mme Ruiz et sa
collègue ont même accueilli une
famille de 20 personnes. " C’est ce
qu’on appelle la réunification
familiale. Leur famille était déjà
dans la région. On a accueilli la
tante, la cousine, le grand-papa… "

Rafael Hernandez rêve lui aussi du
jour où sa famille pourra venir le
rejoindre au Québec. " La situation
est de plus en plus difficile en
Colombie. Il n’y a pas de travail et il
y a plus de violence. J’aimerais
que ma famille vienne ici. Ce pays
est comme le paradis. Le
gouvernement a été merveilleux
avec nous. La vie est facile ici. Tout
est facile ici. "

(Article publié dans le cahier
"Actuel" du journal La Presse le
mercredi 30 juillet 2003)

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Le 09 Février 2010
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