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Enfin âgé de " mille kilomètres ", Helward Mann peut entrer dans le système de guildes qui régit la cité Terre, un bloc sur des rails qui ne cesse de cheminer, tiré par un système de treuils, en direction d´un point idéal situé dans le futur, l´Optimum, et qu´il n´atteint cependant jamais : les habitants retirent alors les voies à l´arrière de la Cité pour les reposer à l´avant afin de pouvoir continuellement avancer vers l´Optimum qui, se dérobant,, contraint la cité à une éternelle fuite en avant. En-dehors de la cité, dans un réel inconnu des habitants de la Terre, règne sous un soleil hyperbolique le chaos d´un ordre naturel où le sud exerce une mystérieuse attraction sur les choses et les êtres, les déformant complètement.. Dés qu´on s´éloigne de la voie de l´Optimum, la réalité physique de cet Univers où le temps se compte en kilomètres se disloque : les ravin se referment, les montagne s´aplanissent, les êtres vivants se métamorphosent. Initié aux travaux des diverses guildes (de la Pose des Voies, de la Traction, de la Construction des Ponts etc.) afin de rendre possible la progression incessante de la Terre, Helward sur le point d´entrer dans la Guilde des Topographes du Futur découvre bientôt que les lois physiques extraordinaires qu´il rencontre n´ont rien en commun avec l´enseignement officiel dispensé sur Terre - qui se réduit à la reproduction à l´identique d´actions illogiques ou cruelles dont il est interdit d´examiner le bien-fondé sous peine de mort - et que les castes dirigeant sa planète visent à perpétuer l´ignorance de leurs concitoyens afin de préserver leurs prérogatives. British SF Award 1975, "The Inverted World est un livre qui décline le fantastique comme si de rien n´était. Insipide, banale et molle, l´existence de Helward ne bascule jamais définitivement du coté du paranormal ou du bizarroïde totalitaire. C´est au compte-gouttes que sont distillées les angoisses et inquiétudes du Terrien confronté à des repères et des moeurs radicalement opposées aux siennes. Peu à peu, le lecteur glisse en même temps que Mann dans une zone où illusion et vérité se mélangent pour laisser l´individu indécis quant à la fiabilité de ses perceptions sensibles et de ses croyances. Il faut bien reconnaître que, si un tel contexte, novateur, fit de ce roman un des sommets de la science-fiction des années 70, l´originalité du Monde inverti a un peu perdu de son lustre aujourd´hui. Sans remettre en question l´ambition de Priest ni sa qualité d´écriture, certains n´hésitent pas à se tourner vers ce récit pour saluer, de manière quasi " documentaire " la façon dont le sense of wonder, la trame hard-science et les spéculations scientifiques étaient mises en avant en 1974. Autant dire que la clef du roman, la perception de la réalité, la mise à nu des secrets toujours caché au jeune Helward élevé dans la crèche de la Cité, la confusion entre rêve et réalité l´emportent sur la forme elle-même, qui ne saurait être assimilée à un style transcendant. Sur fond d´abstraction mathématique et de distorsions temporelles, Priest compose, quoiqu´il en soit, une oeuvre envoûtante dont les dernières pages surprennent tout autant que la mythique première phrase : " J´avais atteint l´âge de mille kilomètres ".
Frédéric Grolleau
Christopher Priest, Le Monde inverti, Folio SF, 2002, 388 p.
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Retour haut de page18 mai 2002 Frédéric Grolleau
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