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Entre magie et téléportation électrique, un jeune journaliste découvre l'existence prestigieuse de son double... « Si l’illusionniste tire un lapin de son chapeau, l’animal, apparemment dépourvu de toute existence, avant l’exécution du tour, peut être qualifié de prestige de ce tour». Cette définition mérite d’être retenue, pour qui veut comprendre le sens du titre de ce roman. Andrew Westley, enfant adopté, est en quête de son frère jumeau. Pour mener à bien sa recherche, le jeune journaliste se confronte au journal d’Alfred Borden, un magicien dont il est le descendant et qui n’a eu de cesse pendant tout le dix-neuvième siècle de mener un combat sans merci contre son principal rival : le prestidigitateur Rupert Angier.
Bientôt, le lecteur est happé par les carnets des deux magiciens monopolisant le récit, et où les mêmes évènements se trouvent éclairés différemment en fonction du point de vue adopté. Ainsi la vérité émerge-t-elle, aussi froide que lente, au gré de la succession des confidences respectives de ces experts en l’art de tromper. A ce qu’il semble, la clé de l’énigme (tant des relations entre les belligérants que de l’identité d’Andrew) réside dans le mystère du tour de magie où un homme peut être transporté instantanément d’un lieu dans un autre…
Au croisement de son célèbre "Monde inverti" et des "Extrêmes" où il questionnait déjà la notion de simultanéité, Christopher Priest élabore avec Le prestige (couronné en 1996 par le World Fantasy Award) une merveille de récit circulaire sur le thème de la gémellité, du «doppelgänger» et du dédoublement. Les droits cinématographiques de cet ouvrage ont d’ailleurs été acquis par Newmarket. Un roman suspendant «électriquement» la réalité à ne surtout pas manquer !
FREDERIC GROLLEAU
Christopher Priest, le Prestige, Denoël ,«Lunes d'encre», 2001, 409 pp.
Article consultable également sur urbuz.com :
http://www.urbuz.com/Index.cfm?Action=ViewContent&LinkId=25913&mode=_pr_fr
et sur amazon :
http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2207251497/o/qid=995715383/sr=2-3/402-2633103-0934531
Autre version de la critique de l'ouvrage (à paraître dans K.O.G n°1, oct. 01) :
Magie, magie : la nouvelle façon de lire ! Qu’on nous pardonne cette apostrophe aux relents vaguement publicitaires, mais "Le prestige" de Priest est l’un des tous grands livres du moment. Loin des récits frelatés pseudo fantastiques, c’est là un vénérable élixir que nous a concocté l’auteur du « Monde inverti » et de « Les extrêmes ». Non pas une soupe fade à l’arrière goût d’arnaque éditoriale mais un mets de premier choix. L’histoire ne démarre pourtant pas sur les chapeaux de roue : journaliste au "Chronicle", Andrew Wesley rencontre Katherine Angier, qui lui a demandé d’enquêter sur les agissements d’une secte… C’est de cette rencontre prétexte que surgit soudain le noyau du roman. Enfant adopté hanté par les voix de ce qu’il croit être un frère jumeau, Andrew apprend qu’il est le descendant d’un célèbre magicien du 19° siècle, Alfred Borden et que Katherine a pour ancêtre Rupert Angier, illusionniste non moins connu de cette époque. Or un affrontement aussi violent qu’ infini a opposé les deux rivaux ; un incroyable combat qui n’est pas sans rapport avec les troubles identitaires de notre héros.
La clef de l’intrigue repose dans les journaux intimes des deux magiciens auxquels Andrew a accès, Priest nous révélant par ce subterfuge les coulisses du drame. A partir d’un procédé ayant fait ses preuves, on songe notamment au "Cercle de la croix" de Iain Pears (Belfond, 1999), les diverses interprétations d’un même événement emportent le lecteur dans le délire quasi psychotique d’innovation dont ont témoigné Borden et Angier pour prendre l’ascendant sur l’adversaire. Centré sur un tour de magie hors du commun, « Le Nouvel Homme Transporté », "Le prestige" avance une documentation admirable sur le milieu de la magie (l’auteur remercie d’entrée le forum du net alt.magic dédié aux secrets des prestidigitateurs) et sur un XIX° siècle où l’invention de l’électricité va jouer un rôle déterminant.
Tout, dans ce livre foisonnant, qui emprunte aussi bien à la science-fiction, à la littérature classique qu’à l’horreur, est en définitive une question de « prestige» : à savoir, l’illusion d’optique délivrée par le magicien, mais aussi, tel un diable à ressort jailli d’une boîte, le surgissement soudain d’une existence dissimulée jusqu’à alors. Récompensé en 1996 par le World Fantasy Award, "Le prestige" est une effarante réflexion sur le dédoublement. Teleportation, please !
FREDERIC GROLLEAU
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