Il est un fait indéniable : ça bouge à l’ONCF. Mais, dans quel sens et pour quelles perspectives cela se fait-il?
Tracé dans la lignée de la politique de restructuration entamée depuis plus de huit ans avec une forte implication de la Banque Mondiale, le mouvement que connaît l’Office actuellement semble avoir atteint sa vitesse de croisière. Et pour cause, le compte à rebours a depuis longtemps commencé pour que l’ONCF rattrape le temps perdu et obtienne enfin le statut de Société Anonyme. Un changement qui ouvrirait toutes grandes les portes de la future Société Marocaine des Chemins de Fer à la privatisation ou du moins à des formes de cession ou de concession qui s’y apparentent. Tout est alors entrepris pour arriver à cet objectif. Il reste à savoir si cela sera effectué sans dégâts sociaux.
La structure administrative a été la première à avoir été totalement chamboulée. Des Directions Centrales ont disparu pour céder la place à d’autres. Là aussi, le changement a été récemment opéré dans la continuité puisque la plupart des anciens responsables ont été maintenus à la tête des nouvelles structures créées. Dans la foulée, certains cadres, dont la compétence n’a jamais été contestée, ont été frustrés en se voyant évincés de la cour des grands chefs. Quant aux autres catégories du personnel, nombreux sont les agents qui ne savent nullement pourquoi ils se sont trouvés abruptement éjectés dans l’un ou l’autre service sans la moindre concertation préalable.
Sur le plan pratique, le nouvel organigramme qui vient d’entrer en application, segmente les différentes activités de l’Office en leur réservant chacune son propre budget, son propre personnel, son propre mode de fonctionnement... Le but avoué étant de pouvoir évaluer distinctement les performances des différentes directions. Mais, en d’autres termes, en créant -par exemple- une Direction Centrale Infrastructure et Circulation totalement séparée de la Direction Centrale Activités, les architectes de cette réorganisation n’ont fait que reproduire les stratégies déjà adoptées par d’autres pays, sous l’impulsion de la B.M. Lesquelles stratégies consistent à séparer la gestion de l’infrastructure ferroviaire du reste des activités purement commerciales. Cela pourrait se traduire par la suite, par le maintien sous la coupe de l’Etat de l’infrastructure puisque celle-ci nécessite de lourds investissements; et par la cession au privé -sous une forme ou une autre- des activités commerciales. En tout cas, le contrat programme signé cette année entre l’ONCF et l’Etat n’exclut pas l’éventualité de la privatisation.
A ce stade, il faut dire que les américains semblent intéressés par notre réseau ferroviaire. En témoigne le récent don de 110.000 dollars octroyé à l’Office par l'agence américaine pour le commerce et le développement pour, précise-t-on, le financement d'une partie de l'étude stratégique sur la valorisation des infrastructures alternatives de télécommunications de l'office. Et, on doit bien le deviner, ce ne sont pas les Américains qui octroient des dons “Fi Sabil Allah”.
Sur un autre registre, l’ONCF vient de lancer une nouvelle desserte urbaine qui se traduira par l'augmentation de la fréquence sur la ligne Ain Sbaâ et l'aéroport international Mohammed V avec un départ toutes les heures rondes. Ces trains desserviront toutes les gares situées sur la ligne Ain Sebaà-Aéroport, en l'occurrence Casa-port, Casa-voyageurs, Nouvelle médina, Mers Sultan, l'Oasis, Sidi Maarouf, Bouskoura puis l'aéroport en attendant que cette desserte arrive à la ville de Mohammédia. Ce projet a été initié sur la base d’une convention signé entre l’ONCF et la Wilaya du grand Casablanca, ce qui confirme l’ouverture nouvelle de l’ONCF sur son environnement. C’est là un premier pas, avant d’autres “ouvertures” qui seront plus importantes. Dans cet élan, l’on notera à titre indicatif la cession imminente du service de la messagerie. Toutefois, si certains se sont uniquement inquiétés en posant la problématique de la capacité de l’infrastructure et du matériel roulant à suivre la cadence du trafic devenue accélérée, on peut bien se demander ce qu’il en sera pour l’élément humain qui est, lui, le moteur de l’ensemble de ces changements. Quand on sait qu’avec les mêmes effectifs, l’ONCF a porté depuis le 24 juin 2002 le nombre de trains navettes rapides reliant la Capitale à Casablanca de 46 à 58, puis a renforcé les circulations sur l’axe EL JADIDA – CASABLANCA en portant le nombre de départs à 10 par jour au lieu de 4 et a prévu 34 TNR au lieu de 26 pour la seule desserte Aéroport-Casa Voyageurs-Ain Sebaâ, on peut bien imaginer l’augmentation substantielle de prestations qui a été octroyée aux cheminots. Cette augmentation a été évaluée par certaines catégories, notamment les agents roulants, à quelque 30%. Ceci intervient à l’heure où les hommes et les femmes du rail attendent toujours d’être enfin récompensés pour leur dur labeur et leurs loyaux services ayant permis à l’Office de “sortir la tête de l’eau”. Cependant, leurs dirigeants continuent de parler de tout sans piper mot de la désastreuse situation matérielle et morale des cheminots. Ces derniers ne sont évoqués qu’en termes de charges et de sureffectifs. Et quand on a voulu dernièrement penser à eux, ce ne fut que pour changer leur look vestimentaire afin de les surcharger davantage sans la moindre compensation. Qu’on ne se leurre pas, ce n’est pas “zouak” qui pourrait rendre le sourire aux cheminots…