Les attentats de Madrid ont souligné, une fois de plus, le manque d’efficacité de la lutte européenne anti-terroriste. Les ministres concernés des Etats membres ont décidé de créer un poste de «Monsieur Terrorisme» chargé de coordonner la lutte anti-terroriste au niveau européen. Placé sous l’autorité du Haut représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune, Javier Solana, il serait chargé de coordonner les efforts antiterroristes en Europe en s’occupant de tous les aspects de la lutte contre le terrorisme, de la politique étrangère à la lutte contre le blanchiment d'argent en passant par la coopération des polices aux frontières.
On ne voit pas bien en quoi cela constitue une réelle avancée. Le problème est moins une coopération en matière de police qu’un échange d’informations en matière de justice et de renseignement. Or, même si depuis le 11 mars dernier, il apparaît comme indispensable de renforcer et améliorer la coopération entre les services de sécurité et de renseignement nationaux, il n’en reste pas moins vrai que les mesures annoncées restent en déça des attentes des professionnels chargés de la lutte anti-terroriste.
La coopération en matière judiciaire bien qu’officiellement recherchée reste encore lettre morte car il est évident que les magistrats européens ne se limiteraient pas, en cas de coopérations renforcées, aux seuls actions des terroristes.
Trop d’organismes, au niveau européen, luttent officiellement contre ce fléau : Europol, le système d'information Schengen et le groupe de travail sur le terrorisme qui régit la coopération policière et judiciaire en matière pénale. De plus, depuis le 1er novembre 2003, une Task Force est chargée d'améliorer la coopération opérationnelle, les contrôles aux frontières de l'Union et la sécurité des transports aériens.
Même si les différents services de renseignement sont encouragés à coopérer ensemble, force est de reconnaître qu’une telle ambition, en pleine guerre au terrorisme, est très difficile à réaliser. D’autant plus délicate que la France et l’Allemagne donnent, depuis septembre 2002, une image assez fâcheuse de «leaders du fait accompli» niant aux autres pays de l’Union Européenne tout droit à la différence. Les déclarations catastrophiques de Jacques Chirac et irresponsables de Michèle Alliot-Marie à propos des futurs Etats membres n’auront pas contribuer à créer un climat favorable à la coopération de services traditionnellement jamoux de leurs prérogatives.
Une méfiance d’autant plus difficile à surmonter que l’Europe des 15 présente, elle aussi, le visage de la désunion entre les positions des uns et des autres. Alors que la coopération à 15 est déjà quasiment impossible on ne peut que douter des chances de réussite à 25. Par ailleurs, les pays qui ont refusé de s’engager dans les opérations militaires en Afghanistan et en Irak ne devraient pas bénéficier d’une réelle «clémence» de la part des terroristes. La France ne vient-elle pas d’être clairement menacée pour le simple fait d’avoir organisé un débat sur la laïcité ?
Il apparaît évident que plus d’une grande messe sur l’union, la lutte anti-terroriste a besoin d’une volonté politique clairement affichée supposant la mise au point d’instruments de coopération dans le renseignement, la lutte policière et judiciaire efficaces.