La population albanaise de l’ex-Yougoslavie compte 3.000.000 de personnes dont 67% vivant sur le sol du Kosovo. Bien qu’étant le troisième groupe ethnique de l’ex-Yougoslavie, derrière les serbes et les croates, les albanais ne se sont jamais vu reconnaître le statut de Nation. Le Kosovo compte environ 2.000.000 d’habitants dont 10% seulement sont d’origine serbe.
Un conflit ethnique classique
Le Kosovo est l’exemple classique du conflit ethnique opposant deux peuples faisant valoir des droits historiques. Les Albanais se considèrent comme les héritiers naturels des Illyriens qui s’étaient installés dans cette province dès le IIIème siècle avant JC. Pour les Serbes, le Kosovo a toujours constitué le berceau de la nation et du XIV ème au XVIII ème siècle il abrita le patriarcat orthodoxe serbe à Pec. Au surplus, le Kosovo fut reconquis, par les armes, en 1913 sur l’Empire ottoman.
Le Kosovo abrita aussi, en 1389, la bataille du «Champ des merles» qui vit la défaite des Serbes et la consécration de la domination ottomane, véritable acte de naissance du nationalisme serbe.
Une date loin d’être anodine. Le mouvement pan-serbe lancé par Milosevic le fut un 25 juin 1989, jour anniversaire de la bataille, appelant à la renaissance de la Grande Serbie. Abandonner cette terre serait couper l’ensemble de la Serbie de ses racines historiques et serait perçu comme une seconde défaite face aux musulmans, ainsi selon l’évêque Athanase :
«Le Kosovo c’est notre Jérusalem, si nous l’abandonnions, nous cesserions d’être serbes»
Entre 1913 et 1923, les autorités serbes entreprirent de «serbiser» la province en brimant les albanais et en installant des colons. Au cours de cette période l’émigration kosovare vers la Turquie est importante. Si en 1921 on comptait encore 63% d’Albanais dans la province, en 1939, ils ne sont plus que 53%.
Le contrôle italien sur l’Albanie, de 1940 à 1945, implique l’annexion de terres albanaises se trouvant en Serbie et Macédoine et contribue, de ce fait, à envenimer un peu plus la situation. Tito caressa le rêve d’une grande confédération balkanique socialiste qui aurait résolu le problème du Kosovo. Mais la rupture avec Moscou, en 1948, détériore les relations entre Belgrade et Tirana. De 1948 à 1966, la province est placée sous l’autorité du nationaliste Rankovic qui exerce une répression constante contre les populations albanaises.
En 1966, Rankovic est chassé du pouvoir. Dès cette époque Belgrade assouplit sa politique à l’égard du Kosovo. En 1968, Tito créa à Pristina la première université de langue albanaise de Yougoslavie. En 1974, la nouvelle constitution reconnaît le Kosovo comme élément constituant de la République donc pouvant avoir vocation à être indépendant.
Le statut de République est néanmoins refusé au Kosovo trop lié à une Albanie résolument maoïste, ce qui attise les déceptions des milliers d’étudiants diplômés mais ne trouvant aucun débouché professionnel. Que ce soit en 1976 ou en 1978, d’importants troubles éclatent.
Le tournant de 1981
En mars 1981, des troubles éclatent au Kosovo. Les revendications des étudiants portent sur le chômage, les médiocres conditions de travail et sur le sous-développement économique de la province. Un retard attribué, selon eux, à la non reconnaissance politique du Kosovo au sein de l’édifice institutionnel.
Très vite des appels fleurissent pour la constitution d’une Grande Albanie. La répression est très violente faisant, officiellement, 11 morts mais pour les observateurs on dénombrerait quelques 250 tués.
Dès lors l’affrontement entre la communauté albanaise et celle serbe n’a cessé de gagner en intensité. La violence albanaise reste le fait d’éléments radicaux tandis que la violence serbe est avant toute chose le fait de l’Etat yougoslave.
Le conflit ethnique du Kosovo
Sur fond de boom démographique albanais, la population albanaise atteignant 90% de la population totale, Milosevic parle de «purification ethnique» destinée à restituer le berceau de la nation aux Serbes. Milosevic, en 1989, supprime l’autonomie de la province et réunit près de 1.000.000 de Serbes le jour anniversaire de la Bataille des Champs des merles.
Le 2 juillet 1990, Belgrade décide de dissoudre à la fois le gouvernement et le parlement du Kosovo. Les radios, journaux et enseignements en albanais sont interdits. Alors que la Yougoslavie éclate, 114 députés adoptent, le 13 septembre 1991, une constitution faisant du Kosovo une République à part entière de la fédération. La population se prononce à 99% pour la souveraineté du Kosovo et en 1992, l’Alliance de Rugova remporte les élections clandestines. Rugova devient président du Kosovo et refuse de reconnaître la Yougoslavie.
A partir de juin 1992, près de 20.000 membres des forces de sécurité stationnent au Kosovo et entament une politique de répression très dure. Le climat de haine ethnique est renforcé par les exactions des forces serbes et par la présence de milices autonomes.
Le pouvoir serbe souhaite provoquer l’exode massif des Albanais. Peu à peu Belgrade reprend l’entier contrôle des forces de police du Kosovo, de l’enseignement, des hôpitaux et de l’économie locale. Rugova, devenu le leader du mouvement de la Ligue démocratique du Kosovo (LDK) prône une résistance passive et la mise en place de structures parallèles permettant de rendre aux Albanais leur maîtrise sur le Kosovo.
Suite au meurtre le 21 avril 1996 d’une étudiant albanais, des heurts éclatent au Kosovo opposant les Albanais aux forces de l’ordre et aux populations serbes. L’Armée de libération du Kosovo (UCK) revendique des attentats contre les Serbes. L’UCK met en garde tout Etat souhaitant soutenir la Serbie dans sa politique de purification ethnique et prévient que la guerre au Kosovo est une guerre de libération.
L’UCK s’équipe grâce à des fonds levés auprès de la diaspora albanaise et les revenus du trafic de drogue, d’armes et la traite des femmes. Les accords de Dayton, en 1995, ont permis d’installer une fragile paix en Bosnie mais n’ont pas tenu compte de la situation au Kosovo où le conflit s’intensifie en 1996 et 1997.
L’internationalisation de la guerre
Ces accords de Dayton signifiaient aussi la fin du rêve d’indépendance du Kosovo puisque la communauté internationale reconnaît la nouvelle entité yougoslave issue de ces accords. Cela provoque un regain de tension au Kosovo liée à la frustration des populations albanaises. Rugova et sa voie pacifique sont délaissés au profit de la lutte armée prônée par l’UCK.
L’UCK se lance dans une guerre et affirme, début 1998, contrôler 40% du territoire national tandis que Rugova est de plus en plus marginalisé. Milosevic est conscient que la communauté internationale ne peut soutenir l’UCK. Si l’UCK devait l’emporter alors le Kosovo regagnerait le giron albanais provoquant une cascade de modifications frontalières pouvant porter l’Europe jusqu’à la guerre.
Dès l’été 1998, Milosevic lance des opérations de répression extrêmement violentes. Entre septembre et octobre 1998, le conflit gagne en intensité et s’internationalise après l’échec des négociations de Rambouillet. Milosevic lance ses forces armées à l’assaut du Kosovo provoquant l’exil de centaines de milliers d’Albanais.
Au Printemps 1999, afin d’éviter un nouveau conflit semblable à celui de Bosnie, la communauté internationale se lance dans une action militaire aérienne destinée à faire plier la Serbie. Entre le 24 mars 1999 et le 10 juin 1999, l’OTAN procède à des frappes aériennes massives sur la Serbie destinées à faire fléchir Milosevic qui pour la première fois depuis 1991 semble ne pas avoir correctement évalué les rapports de force politiques.
Le 12 juin 1999, les forces de l’OTAN prennent la relève des forces armées serbes et le Kosovo devient, de ce fait, un protectorat international.
Une paix précaire
Si l’intervention de l’OTAN a permis de stabiliser la région, l’équilibre est extrêmement fragile et peut être brisé au moindre accident. La KFOR est chargée d’assurer la sécurité de la province et la MINUK son administration au nom des Nations Unies.
La démocratisation est lente et depuis 1999, plus de 200.000 non albanais ont quitté le Kosovo tandis que plus de 400 meurtres politiques y ont été perpétrés. L’UCK a été dissoute mais s’est reconstituée sous la forme d’une milice civile légale (CPK).
Les récents accidents montrent une fois de plus à quel point les rivalités ethniques seront difficiles à éradiquer tant la violence reste présente entre Albanais et Serbes. Par ailleurs, la communauté internationale ferait aussi bien de méditer sur ce nouvel exemple des insuffisances de la diplomatie de l’émotion médiatique qui transforme l’humanitaire en politique étrangère alors qu’elle n’est qu’un alibi pour masquer les insuffisances des classes politiques.