Les marchés pétrolier s’affolent une nouvelle fois. Le brut côte 38,10$ le baril soit son niveau le plus élevé depuis le 13 mars 2003, veille du début de la guerre en Irak. Pour Marshall Steeves, analyste de Refco, il s’agit «d’une combinaison d'inquiétudes sur les approvisionnements et sur le terrorisme […]L'Opep n'a pas encore réduit sa production de manière significative mais elle promet de le faire et le marché prend cela en compte».
L’OPEP maintien son intention de diminuer la production journalière de 1.000.000 de barils par jour faisant fi de sa politique traditionnelle de maintien du cours du brut dans une fourchette comprise entre 22$ et 28$.
L’amélioration des stocks pétroliers aux Etats-Unis, accroissement de 1.600.000 barils, n’est pas suffisante, en effet, selon Mike Fitzpatrick, analyste de Fimat : «Des stocks à 281 millions de barils nous donnent tout juste un peu de marge de manoeuvre, cela ne change rien».
Ces données peuvent inquiéter puisque aux Etats-Unis la demande d'essence est restée plus élevée que la normale pendant l'hiver, conduisant à des prix à la pompe records récemment. Au cours des quatre dernières semaines, la demande d'essence a été supérieure de 4,5% à celle constatée l'année dernière à la même époque, selon le Département de l’Energie.
A ce titre, le Sénat a demandé au Président d’arrêter les livraisons dans les réserves stratégiques afin d’accroître la quantité de brut disponible et de permettre une certaine détente sur les cours du brut. La tendance des cours devrait rester orientée à la hausse puisque l’activité économique demeure soutenue aux Etats-Unis et en Chine mais aussi, dans une moindre mesure, en Europe.
On peut néanmoins s’interroger sur les motivations réelles de l’OPEP et plus particulièrement sur celles de l’Arabie Saoudite. La situation économique actuelle laisse entrevoir de réels espoirs de reprise économique sur fond d’instabilité monétaire. Une instabilité qui pourrait rappeler celle régnant entre 1971 et 1973 et qui offrit un précieux outil à la hausse des cours du pétrole. Tout comme en 1973, l’Arabie Saoudite ne risque-t-elle pas de procéder à une sorte de razzia sur la reprise économique naissante ? Certes la vulnérabilité des économies développées est nettement moindre, mais pourront-elle réellement résister durablement avec un brut à 40$ le baril ?
Or, en 1973, l’Arabie Saoudite engrangea des milliards de dollars qui servirent, de manière quasi exclusive, au développement et au rayonnement du wahhabisme dans le monde musulman. Même si toujours importante au sein de l’OPEP, l’Arabie Saoudite se sent de plus en plus marginalisée par la volonté américaine de diversifier ses alliances énergétiques. Serait-il inconcevable qu’elle souhaite maintenir les cours du brut à des niveaux élevés afin de stopper la reprise économique américaine et d’hypothéquer les chances de réélection de George W. Bush ?
Un jeu d’autant plus dangereux que la croissance économique repose aussi sur celle de la Chine qui demeure, par définition, extrêmement fragile de par sa nature et fortement demandeuse d’énergie à bon marché. Or, sans cette croissance, la Chine ne pourra pas soutenir le dollar comme elle le fait en ce moment. Un scénario catastrophique pour l’économie mondiale au service de l’idéal le plus rétrograde de l’Islam : le wahhabisme.