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Machiavel

Présenté comme le père de l’amoralisme en politique, peu de gens savent que Machiavel a été aussi un grand penseur militaire. Certes, ses œuvres militaires paraissent aujourd’hui quelque peu dépassées mais il reste le premier a avoir posé clairement l’articulation entre le politique et le militaire dans l’Europe moderne de la Renaissance. Un enseignement reprit avec succès par Clausewitz quelques 300 ans plus tard.



Né dans une famille modeste, Nicolas Machiavel est l’exemple même du self made man. Après de solides études humanistes, il entre au service de la République de Florence en 1498, après la chute de Savonarole. Il gravit un certain nombre d’échelons et se voit confier de nombreuses missions diplomatiques tout en entamant sa réflexion sur la conduite des affaires publiques. Après ses échecs militaires pour reprendre la ville de Pise, en 1500 et 1505, Machiavel se voit confier la tâche de mettre sur pied une milice de citoyens.

Le diplomate florentin a en effet tirer comme conséquence logique que le recours à des troupes de mercenaires ne suffit plus dans le monde de la Renaissance. Machiavel met en place une Ordinanza composée essentiellement de fantassins commandés par des officiers florentins aguerrie par un entraînement strict et à la cohésion fondée sur le patriotisme.

Cette armée permanente allait contre l’idéal républicain de la ville puisque elle représentait un danger pour les citoyens, aussi fallait-il assure la rotation des charges d’officier. Ces troupes sont défaites en 1512 par les armées coalisées de l’Espagne et du Pape. Machiavel tombe en disgrâce et se consacre à la rédaction de son œuvre : Le Prince, le discours sur la décade de Tite-Live, Histoires florentines et L’art de la guerre.

Machiavel cherche à faire de l’art de la guerre non pas un savoir-faire mais bien une science répondant à des règles universelles. C e texte présente d’évidentes faiblesses, méconnaissance du rôle de l’artillerie ou minimisation du rôle des finances, mais la pensée stratégique de Machiavel ne peut être évaluée sur le seul texte qui lui consacre explicitement.

D’une part, l’Art de la guerre n’est pas le simple fruit d’une réflexion théorique et s’appuie sur l’expérience pratique de l’Ordinanza. Ensuite, le rôle accordé à cette milice peut paraître excessif mais de nombreux auteurs en font autant à la même époque. Enfin, le plus important se trouve peut être dans l’articulation nouvelle que l’auteur pose comme fondement de toute réflexion entre le politique et le militaire.

L’époque de Machiavel voit une évolution importante se dessiner. L’enjeu de la guerre n’est plus la simple conquête de territoires mais aussi et surtout la survie même de l’Etat. Les rivalités guerrières de l’Italie du XVème et XVIème siècles soulignent l’inadaptation des structures républicaines des principautés italiennes.

La guerre est un instrument politique car désormais la guerre n’est plus aux frontières de l’Etat elle peut venir aussi de l’intérieur même. L’homme politique doit donc savoir quand, comment et pourquoi conduire la guerre, l’homme d’Etat est aussi un stratège.

Pour Machiavel, Florence doit savoir gérer le présent en regardant vers l’avenir et non pas en glorifiant un passé, à ses yeux, plus que douteux. Il s’agit de créer les conditions mêmes de l’adhésion populaire par la mise en place d’institutions nouvelles représentatives de toutes les couches sociales. La réforme est indispensable pour assurer la survie même de la République.

Les recommandations militaires et stratégiques de Machiavel sont liées au postulat d’un lien étroit existant entre le politique et le militaire, d’autant plus que traditionnellement à Florence la toge commandait l’épée.

L’infanterie est au centre du dispositif de Machiavel car seule elle incarne, sur le modèle romain, la levée des citoyens luttant pour la survie de leur patrie. Ces soldats ne sont pas des mercenaires, certes ils ne disposent pas nécessairement du savoir-faire technique mais leur idéal doit leur permettre de se sublimer au combat.

Selon Machiavel la guerre ne révèle pas uniquement la qualité des équipements ou la valeur des soldats elle met aussi en lumière la volonté de combattre des troupes et donc leur adhésion à un modèle politique que la guerre menace. Cette exaltation de l’infanterie conduit Machiavel à refuser toute supériorité à l’artillerie et à méconnaître le rôle de l’argent.

Au niveau tactique, Machiavel croit à l’action destructrice d’une armée solidaire constituée de fantassins citoyens. Il croit en la vertu de l’offensive et rejette toute tactique purement attentive, tout comme au niveau social il croit dans la réforme radicale. La conquête est donc le moteur essentiel de la République.

Selon Machiavel, dans une République, les bonnes lois, les bonnes armes et les vertus citoyennes sont interdépendantes et le rapprochement entre les institutions sociales et celles militaires devrait servir de socle aux nouvelles institutions républicaines qu’il appelle de ses vœux. La politique, par essence dynamique, ne peut faire abstraction d’une vision stratégique.

Machiavel favorise donc une rupture profonde avec la vision militaire du Moyen-Age en délaissant la guerre d’usure au profit de la guerre d’offensive. Il ne faut pas croire que Machiavel ignore la dimension éthique de ce combat. Au contraire, l’idéal républicain donne un souffle au citoyen. Le réalisme de l’auteur s’efface au profit d’un idéalisme républicain où la guerre sert des objectifs politiques. Machiavel annonce Clausewitz et le stratégiste prussien reconnût sa dette intellectuelle envers le maître florentin.


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AUTEUR : Guicciardini    DATE : 20 mars 2004



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