RETOUR A LA UNE      A LIRE   Le 09 Février 2010
 
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Makiladoras (Eva)MAKILADORAS

J'ai découvert ce groupe il y a quelques temps déjà, sur une mixtape que m'avait confectionné l'ami Fabro, et autant dire que j'ai tout de suite adoré. Tout ce que j'aime réuni en un seul groupe: un chant féminin hurlé dans une langue aux sonorités bien âpres (qui colle parfaitement à la zique punk), des riffs sonnant assez métal tout en restant énergiques, et une rythmique punk hardcore. La combinaison gagnate pour moi!! Cette interview date un peu, les bataves ayant mis plus de huit mois à me répondre, mais j'ai décidé de la publier quand même car elle me tient particulièrement à coeur, et ce pour plusieurs raisons: tout d'abord car c'est le premier groupe étranger qui a bien voulu me répondre et ensuite car je suis vraiment fan de leur musique! Et puis voilà!

1. Pouvez-vous vous présenter rapidement, ainsi que vos activités en dehors du groupe, vos passions… ?
M : Je m’appelle Michel et je joue de la guitare dans Makiladoras. En dehors de ça je suis très occupé par le nouveau groupe que j’ai monté avec des amis. J’aime dessiner (des artworks et d’autres merdes). Auparavant je jouais de la batterie mais j’ai fini par la vendre car j’en avais marre . Je suis également actif au sein du mouvement « squat », même si je ne vis pas dans un squat.
E : Je suis Eva, je chante dans Makiladoras et je joue de la basse dans un autre groupe. Je travaille en tant que colleuse d’affiches, j’aime les cochons d’Inde et toutes sortes de débats et de théories politiques. Je ne suis pas une activiste « professionnelle », mais de temps en temps, j’aide les gens qui squattent ou je participe à des manifestations… Si tous les gens vivaient comme moi, le système économique capitaliste s’effondrerait car je suis convaincue qu’il vaut mieux faire les choses soi même plutôt que de les acheter. Je passe donc de longues heures devant ma machine à coudre ou mon établi.

2. Sur votre site internet, on peut lire une petite biographie amusante du groupe qui se transforme rapidement en interrogatoire mené par la « Punk Police ». Plus sérieusement, vous est-il déjà arrivé d’être critiqués par des « puristes » du mouvement, vous reprochant de ne pas être assez punk, et de sonner trop métal ?
M : Pas vraiment… peut être que René Mihoen s’est plaint de deux ou trois solos dans les nouvelles chansons, mais c’est tout ! Par contre nous avons eu des problèmes avec la chanson Werk = Religie (qui traite de la mentalité soumise qu’adopte la plupart des travailleurs). Un type est devenu complètement fou quand Eva a annoncé ce morceau. Nous avons eu une très violente, mais brève , discussion avec lui sur scène. Il est finalement parti et nous avons pu jouer le titre. Parfois Eva est très cynique lorsqu’elle annonce les morceaux et il y a toujours des personnes qui ne comprennent pas et qui viennent nous poser des questions après le concert. Mais ça se passe bien en général !
E : Il y a une rumeur qui circule selon laquelle beaucoup de personnes à Copenhague pensent que nous sommes contre le vol à l’étalage. Tout ça parce qu’une fois j’ai présenté le morceau Misdaad Loont (« Le crime paie ») en disant qu’il ne fallait pas voler dans les magasins mais ouvrir le votre. Comme cela vous pourriez voler vos clients et vos employés et ce, en toute légalité. Je pensais que le cynisme de cette phrase était assez évident…mais visiblement il ne l’était pas pour tout le monde.

3. Ne pensez-vous pas que le mouvement punk, qui devrait être par définition, sans règle et totalement autonome, est en réalité très conformiste ? Les groupes doivent sonner de telle manière, porter tel style de vêtements, parler de tels types de sujets… tout un ensemble de code forçant les gens à tous se ressembler et restreignant, par la même, leur propre créativité. Etes-vous d’accord avec cette idée ?
M : Je pense que les tendances et les modes se retrouvent dans chaque (contre)culture et c’est tout à fait normal. Je dois admettre que, parfois, dans la scène punk, les gens ont tendance à tous se ressembler, mais il y a quand même beaucoup de personnes qui font preuve de créativité (comme les personnes qui font eux-mêmes leurs vêtements, ou celles qui les décorent avec des patchs ou encore celles qui les peignent…). Il ne s’agit pas seulement d’acheter des vêtements chers et « fashion » dans un magasin (tout du moins quand nous parlons de la scène Punk DIY). De plus, l’acceptation de la façon dont tu t’habilles ne pose vraiment pas de problèmes (du moins là où j’habite).
E : Le conformisme est bien présent mais il ne te restreint que si tu t’en préoccupes. Si personne ne suivait, il n’y aurait pas de modes.

4. Vos nouvelles compos sont-elles dans la même veine que celles du 10’’ (je l’espère) ou est-ce que votre musique est en train de changer en ce moment ? A quoi ressemblent ces nouveaux morceaux ?
M : Et bien, peut-être que nous jouons un peu plus vite depuis que Mickaël est à la batterie. De plus, nous pouvons répéter toutes les semaines à présent (chose que nous n’avions jamais faite pendant deux ans) et c’est donc beaucoup plus facile de composer de nouveaux morceaux. Quand Bart (le premier batteur) jouait avec nous, nous devions jongler entre trois villes, ce qui rendait les choses un peu plus compliquées.
E : Je pense que certaines des nouvelles compos sont un peu plus fluides au niveau du rythme. A part cela il n’y a rien de vraiment différent, mais une personne étrangère au groupe serait sans doute mieux placée pour juger.




5. Vous venez des Pays-Bas, je suis donc obligé de vous poser une question sur la drogue. J’ai lu certains articles complètement contradictoires concernant les conséquences de la légalisation du cannabis dans votre pays. La consommation de drogues a-t-elle réellement baissé grâce à la légalisation? Si c’est le cas n’assistez-vous pas à l’apparition de nouveaux problèmes, je pense notamment à l’émergence de nouveaux dealers, spécialisés dans les drogues dures, ce qui au final me semble plus dangereux pour le futur ?
M : Et bien, aucun d’entre nous ne prend de drogues (nous sommes vraiment chiants, ah, ah !!) mais je suis sûr que, légal ou pas, les gens continueront à en consommer. La seule différence vient du fait que, quand c’est légal, il y a d’avantage de contrôle des substances vendues et il est donc moins dangereux de consommer des drogues achetées ici. Je trouve aberrant qu’actuellement, vous ne soyez pas autorisés à fumer un joint d’herbe.
E : Je doute que la consommation ait diminué. Je pense que le shit, la coke et les cachetons sont vraiment à la mode ces dernières années. Cette popularité n’a pas grand chose à voir avec la légalisation, d’ailleurs ici seul le shit est autorisé, et dans le reste de l’Europe les drogues sont tout aussi populaires. La seule différence entre les Pays-Bas et les autre pays réside dans la présence des coffee-shop, un peu partout. Quand tu traverses la frontière tu peux trouver tout ce que tu veux, tu as juste à chercher un peu.

6. Comment expliquez-vous l’avance des Pays-Bas par rapport au reste de l’Europe, sur les questions relatives aux libertés individuelles, aux droits des personnes… (autorisation des mariages homosexuels, euthanasie tolérée, légalisation du cannabis…) ? Est-ce lié au contexte historique ou culturel du pays ?
M : Je ne sais pas. Je dis souvent, pour plaisanter, que les Néerlandais trouvent toujours un moyen de faire de l’argent avec n’importe quoi. Mais avec une nouvelle Europe et le nouveau gouvernement les choses vont aller de plus en plus mal, et ce, très rapidement. Je suis donc très inquiet pour notre futur proche.
E : Les faits que tu mentionnes sont, pour la plupart, des choses qui se pratiquent partout, même si elle sont illégales. C’est simplement plus pratique de les autoriser. Il n’y a pas de grosses idéologies derrière ces décisions, si ce n’est que la loi doit refléter l’opinion des gens, autrement elle serait trop difficile à faire appliquer. Il faut aussi dire que les Pays-Bas sont un pays, à la fois petit par sa superficie et très divisé. Il y a toujours eu ici de nombreuses idéologies antagonistes et plusieurs religions pratiquées. A cause de tout cela, on a toujours au moins deux partis opposés associés au sein d’un même gouvernement. Souvent ils ne s’entendent pas, les compromis tiennent donc une part importante dans la culture politique néerlandaise. Par exemple, les lois que tu mentionnes ont été soutenues, au moins dans certains cas, par les conservateurs Chrétiens Démocrates qui, pourtant détestent les homosexuels, l’euthanasie et le cannabis. Voici une anecdote amusante à ce sujet : il y a quelques années la Droite voulait mettre en place une politique très stricte au sujet du cannabis, les Chrétiens Démocrates ont même suggéré la fermeture de tous les coffee-shop. Ils avaient oublié qu’un des membres du conseil des Chrétiens Démocrates d’Amsterdam était lui même propriétaire d’un coffee-shop. Celui-ci s’exprima dans la presse, expliquant que tous les partis, en période d’élection, tenaient des propos stupides. Depuis, on peut dire que ce parti a perdu toute crédibilité et n’est plus pris au sérieux.

7. D’après vous, pourquoi est-ce que beaucoup de punks ne souhaitent pas avoir des enfants ? Le monde est-il tellement pourri qu’ils refusent de se reproduire ? Ou est-ce plutôt une volonté de rejeter le mode de vie traditionnel (travail, enfants…), d’être anti-conformiste ? Pensez-vous que l’on puisse avoir des enfants et rester punk malgré tout, ou est-ce forcément contradictoire ?
M : Aujourd’hui de nombreux « vieux » punks ont des enfants, ici à Groningen mais cela ne fait pas d’eux des citoyens moyens. Certains d’entre continuent à jouer dans des groupes. Et je les rencontre souvent au bar ou aux concerts.
E : Je suis complètement d’accord avec Michel, je me demande vraiment comment tous ces enfants vont tourner !









8. A quoi ressemblera votre vie dans dix ans ? Toujours dans un groupe à tourner à travers le monde ? Ou aspirerez-vous à quelque chose de différent, de plus calme ?
M : Je n’en ai aucune idée. Je suis le plus jeune du groupe et j’ai 27 ans. J’aimais déjà les musiques alternatives et l’art quand j’étais jeune, et je les aime toujours. Donc, pourquoi est-ce que cela changerait quand j’aurais 30 ou 40 ans. Je sais que pour beaucoup de jeunes le punk n’est qu’une phase dans leur vie. Mais nous avons tous dépassé cet âge.
E : J’espère que je serais toujours en vie, que je n’aurais pas perdu trop d’amis et que j’aurais acquis plus de connaissances et de compétences. Je ne vois pas pourquoi je ne jouerais pas dans un groupe à 43 ans, il y a pas mal de monde qui le fait. J’aime vraiment faire de la musique, mais je ne sais pas quel type de groupes nous serons. Je trouve que c’est très difficile de se projeter aussi loin dans le futur. Qui peut dire à quoi ressemblera le monde à ce moment là ? Il ne sera peut-être plus possible de prendre du plaisir en jouant de la musique. Nous devons donc le faire maintenant et avec tout notre cœur.

9. Choisissez un de vos textes préférés de Makiladoras et expliquez le.
M : Pour moi notre meilleur texte est Werk = Religie (« Travail = Religion ») car j’ai eu un tas de boulots différents et souvent j’ai été vraiment déçu par la mentalité soumise de mes collègues. Cette chanson est une parfaite traduction de mes sentiments de l’époque.
E : Jaime tous nos textes, sinon je ne les chanterais pas ! Néanmoins un de ceux que je préfère est Rekenmeester (« Comptable »), une chanson sur ces New Age « je sais tout » pour qui la vie est vraiment parfaite, malgré toutes ces morts, ces maladies et ces destructions. Je déteste ces gens qui se voilent la face uniquement parce que c’est plus agréable. Mais ma haine est encore plus forte quand ils disent à une personne que c’est normal si elle a perdu son enfant ou son mari, que ce n’est pas grave car tout cela fait parti d’un plan divin ou je ne sais quelle connerie ! Ou quand ils disent que quelque chose ne va en toi, car tu es triste ou furieux d’avoir perdu un proche. Vu la merde dans laquelle nous vivons, je pense que les choses s’amélioreraient un peu si les gens faisaient leur maximum pour. Je ne vois pas en quoi l’acceptation calme et détachée de toutes les souffrances du monde, peut motiver les gens à faire quelque chose d’utile pour améliorer la situation.

10. A vous le dernier mot. Vos projets pour 2004…
M : La version Cd du 10’’ va sortir en Malaisie et en Indonésie sur Bullwhip Records et Cactus Records. Nus attendons que notre split 7’’avec Radio Bikini soit réalisé par les 5 ou 6 labels qui avaient sorti le 10’’ ainsi que Trabuc et Amberrecords. Nous allons rentrer en studio dans les mois qui viennent pour enregistrer tous nos nouveaux morceaux en vue d’un prochain 10’’ ou d’un 12’’. La version Cd sortira chez Too Circle Records de Tokyo et nous espérons de ce fait, pouvoir partir en tournée au Japon l’année prochaine. Nous essayons également de monter une tournée en Finlande et nous aimerions retourner en Pologne et en Europe de l’Est une nouvelle fois. Mais pour l’instant nous sommes vraiment très occupés à composer de nouveaux morceaux.
E : Quand nous aurons finalement sorti notre split 7’’ avec Radio Bikini, nous partirons en tournée avec eux, dans leur fameux « Crustbus », un autocar à deux niveaux avec tout le luxe nécessaire à une vraie rock-star et tout l’alcool pour faire de ce voyage une expérience unique. Une fois à l’hôpital nous aurons enfin du temps pour travailler sur nos personnalités et répondre aux interviews en temps voulu. Peut-être que nous perdrons l’habitude de joindre un sortilège à nos interviews. Car jusqu’à maintenant, toutes les personnes nous ayant interviewés ont eu un bug informatique. (NDLR : je croise les doigts!)


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AUTEUR : Pierre    DATE : 08 juillet 2005



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