RETOUR A LA UNE      A LIRE   Le 09 Février 2010
 
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Les résultats du meilleur système scolaire au mondAu coeur de l'enfer

Voici la chronique de la journée normale d'un professeur à l'université de Perpignan.

C'est une histoire vraie.

Puisque l'université de Perpignan fait à nouveau la une de l'actualité, permettez-moi de vous donner quelques nouvelles vécues de l'intérieur.
Après avoir saboté le second semestre l'année dernière, ce qui a valu des examens de complaisance pour repêcher tout ce beau monde contestataire - qui n'a rien à faire à l'université à mon avis -, les sbires de l'unef ont donc décidé de gâcher le premier semestre de cette nouvelle année. Comme pour les encourager à nouveau, le gouvernement timoré montre déjà des signes d'hésitations qui ne font qu'attiser la haine et la violence des éléments les plus radicaux. Ainsi, mercredi dernier, les syndicalistes recommencent leur mascarade bien huilée : un amphi est rempli et l'on vote à main levée la grève des cours. Cependant, les vrais étudiants ne l'entendent pas de cette oreille ; ils désertent ces AG sauvages et décident d'aller tout de même en cours jeudi.
Furieux, nos syndicalistes, véritables petits terroristes en herbe, se rendent dans l'amphi où notre président assurait son cours de droit devant un parterre d'étudiants désireux de poursuivre les cours. Mais à bas la majorité, surtout quand elle est silencieuse... Notre meneur prend la parole pour tenter de convaincre les étudiants de rejoindre sur le champ le "mouvement de lutte" (on croit rêver : pourquoi ce jeune résistant ne s'est-il pas battu contre les talibans ou les troupes de Saddam Hussein quand elles terrorisaient leur propre population ?). En vain pour lui, une étudiante se lève et explique qu'elle veut suivre son cours et qu'il faut rendre la parole au professeur. C'est la goutte de trop. Le syndicaliste ne supportant pas la contradiction (d'ailleurs il ne supporte pas la réalité tout court), il bouscule l'étudiante. Choquée, celle-ci porte aux yeux de tous le fait qu'elle est victime d'une agression. Mais non, aux yeux du syndicaliste, c'est lui la victime (toute la magie de la dialectique...). Et c'est l'émeute. Le président-professeur ne peut rester spectateur passif et veut séparer les protagonistes du drame, les grévistes arrivent alors en renfort de l'extérieur et crient au fascisme !
Voilà, ce n'est pas un extrait d'un film de série Z, c'est la réalité de l'université française. Devenue un lieu de médiocrité dont les ministres se sont acharnés à rendre toujours plus facile et plus égalitaire l'accession. On en récolte aujourd'hui les fruits.

J'avais déjà alerté mon doyen et les autorités au printemps dernier, pour leur dire qu'ils sous-estimaient la gravité de ce genre de "contestation" qui est en fait une variante insidieuse, non pas de l'expression d'un mécontentement, mais de la pratique organisée, financée et professionalisée de déstabilisation de nos institutions. Quelque soit le contenu du projet de réforme et la couleur de ce gouvernement, (on n'en est plus là en France...), je suis avant tout un démocrate respectueux des institutions de mon pays. Un gouvernement a été élu après une alternance qui a fait du bruit (et c'est à mettre au bilan de la gauche) et, quoique propose ce gouvernement (en plus Ferry n'a rien d'un ultra-libéral contrairement à ce que racontent les zouaves de l'Unef complètement décervelés; il reprend tout bonnement les projets de Lang dans la continuité de nos engagements européens), la rue s'organise pour bloquer le fonctionnement de nos institutions.
L'université de Perpignan en a souffert : il y a des élus légitimes qui se réunissent dans des assemblées légitimes (CA, CS, CEVU). Que des individus remplissent des amphis pour faire voter à main levée des appels à la grève n'a aucune valeur pour moi...et ces gens tentent ensuite de prendre le contrôle de l'université.
Mais si tous les syndicats ou tous ceux qui croient défendre une bonne cause usent de telles pratiques, c'est la guerre civile permanente...Que reste t-il de l'Etat de droit ? Que reste t-il de nos institutions républicaines ? Les syndicats qui prennent le contrôle de la rue puis paralysent l'action du gouvernement, cela me rappelle les "démocraties populaires" dont on connaît le triste bilan. Mais ces gens se gardent bien de nous le dire et préfèrent esquiver cette réalité en s'en prenant à un épouvantail bien commode puisqu'il ne peut pas se défendre : la mondialisation libérale. Horreur, malheur.
Le cauchemar que vit ce pays n'est pas un excès de libéralisme ; c'est un enlisement dans l'assistanat, la pénurie, les faillites d'entreprises, la fuite des talents, le découragement des volontés, et la guerre civile larvée à travers les conflits sociaux chroniques...


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AUTEUR : Thoreau    DATE : 28 novembre 2003



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