RETOUR A LA UNE      A LIRE   Le 09 Février 2010
 
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Père et Fils sans le Saint EspritVacances à Pyongyang

Maintenant qu'avec l'assentiment bienveillant de l'Élysée les préventions contre les régimes sanguinaires ont disparu, et qu'il est du dernier chic de se trimballer dans les rues de La Havane un gros cigare vissé au coin du bec, ou de baiser les petites putes cubaines en se souvenant d'Hemingway et en se racontant qu'on fait ça uniquement pour enrichir le pays, une nouvelle destination de voyage extrêmement prometteuse pointe à l'horizon : la Corée du Nord.

C'est vrai, quoi : les cannes à sucre, les tabacaleros, les vieilles guimbardes ricaines toutes rustinées, les prostituées sidéennes de 13 ans, le rhum blanc et les musiciens désargentés ne peuvent pas nous complaire éternellement. Il nous faut du neuf ! De l'émoustillant ! Une destination de vacances qui fera pâlir d'envie les collègues et clora le bec au voisin communiste (qui ne pourra plus râler derrière notre dos, en disant que nous ne sommes que des sales capitalistes pourris de fric). Nous pourrons rencontrer d'autres putes, d'autres pauvretés, d'autres situations d'urgence, d'autres personnes que 50 ans d'un régime démentiel ont rendues si polies qu'elles ne nous emmerderont pas avec leurs souvenirs d'assassinats et de privations. Et peut-être même que, d'ici là, le gouvernement subventionnera une partie de notre voyage, pour aider un régime résistant avec courage à l'ostracisme injuste des USA.

En route, donc, oh!, en route pour Pyongyang !


"J'AI VU ASSASSINER UNE FAMILLE ENTIÈRE. ON LES A PLACÉS DANS LA CHAMBRE À GAZ OÙ ILS ONT SUFFOQUÉ. LE DERNIER À MOURIR ÉTAIT LE PLUS JEUNE DES FILS.

(texte complet lisible sur le site du Telegraph http://portal.telegraph.co.uk/news/main.jhtml?xml=/news/2004/02/01/wnkor01.xml&sSheet=/news/2004/02/01/ixworld.html)

Kwon Hyok, ancien agent de renseignements nord-coréen, a été persuadé de passer au Sud. Olenka Frenkiel rapporte les horreurs qu'il a vues dans un camp où il a travaillé :

(...) Kwon Hyok, 45 ans, est l'un des 4.000 Nord Coréens ayant quitté leur pays et vivant désormais à Séoul. On les appelle généralement des traîtres, mais ce sont simplement des évadés, assez chanceux pour parvenir à quitter le pays. La plupart de ceux qui traversent la rivière Tumen pour passer en Chine sont bloqués en route. Lorsqu'ils les attrapent, les Chinois sont trop heureux de les renvoyer vers les prisons de Corée du Nord, et parfois à la mort.

Pour Kwon Hyok, ç'a été facile. Pas de voyage de deux ans au travers de la Chine, de la Mongolie et du Laos, en se cachant, mentant et corrompant les autorités locales. Agent de renseignements nord-coréen stationné à Pékin, il a été "retourné" par ses collègues du Sud. Ils l'ont persuadé de s'enfuir.(...)Les autres Nord-Coréens que j'ai rencontrés à Séoul étaient des victimes du régime. J'ai écouté leurs horribles récits de famine, de cannibalisme, de tortures et d'assassinats, me demandant comment de telles brutalités pouvaient exister. C'est Kwon Hyok qui m'a aidée à répondre à cette question.

En 1993, il était chef du Camp 22, dans le nord est du pays, l'une des prisons formées sur le modèle du goulag russe. La plupart des prisonniers qui s'y trouvent n'ont rien fait. Ils y ont été enfermés sur base de la Règle d'Hérédité. Kwon Hyok me l'a expliquée : "En Corée du Nord, les prisonniers politiques sont ceux qui disent du mal de feu le président Kim Il Sung, ou de son fils Kim Jong Il. Mais ils incluent aussi un grand nombre de leurs proches. Les prisons sont remplies de la parentèle des offenseurs, grand parents, enfants, frères, tantes, tous arrêtés en raison du faux pas de cette personne, et ne sachant souvent pas pourquoi." (...) Le Camp 22, dit-il, est encerclé d'une barrière électrique de 3.300 volts. Au centre de celle-ci se trouve un fossé rempli de pointes destinées à empaler toute personne tentant de s'échapper.

La torture n'est qu'une routine. "Les prisonniers étaient considérés comme des cochons ou des chiens, on pouvait les tuer sans s'en faire." Il m'a décrit la torture de l'eau, celle de la pendaison, ou encore celle de la chambre-boîte. Il précisa comment il avait ordonné des exécutions publiques dans le camp, pas seulement pour ceux qui avaient essayé de s'échapper, mais aussi de toute leur famille et de celle de leurs voisins. "Un jour, j'ai tué 31 personnes, toutes membres de cinq familles. Pendant les trois premières années, vous aimez torturer les gens, mais après ça vous fatigue, alors quelqu'un d'autre prend le relais. Mais la plupart du temps, vous le faites parce que ça vous plaît."

(...)Kwon Hyok a dit qu'il a été témoin d'expériences chimiques menées sur des prisonniers politiques, dans des chambres spéciales cachées dans le camp. Des gaz variés sont testés là, y compris l'un d'eux qu'il a appelé Vinyla, dérivé de la fibre synthétique coréenne appelée Vinalon. Il a décrit les chambres - des pièces de verre à l'intérieur d'autres pièces, hermétiques, avec une ventilation pompant les gaz à l'intérieur. Au-dessus se trouve une galerie, de laquelle des scientifiques assistent à l'agonie des victimes.

"La scène la plus inoubliable dont je me souvienne s'est passée lorsque j'ai regardé toute une famille se faire tuer. On les a enfermés dans la chambre et je les ai tous vus suffoquer jusqu'à la mort. La dernière personne à mourir a été le fils cadet, qui sanglotait sur ses parents et a fini par mourir." Kwon Hyok a dit que les plus jeunes des victimes n'étaient que des enfants, et les plus âgées des sexagénaires. On les choisissait puis les emmenait dans la chambre où on les déshabillait; ensuite un médecin les auscultait. On vérifiait qu'ils n'étaient pas malades avant de les laisser entrer. Les personnes seules se tenaient dans les coins, tandis que les familles se tenaient au milieu, rassemblées. "Bien qu'ils fussent mourants, j'ai vu des parents faire le bouche à bouche à leurs enfants pour les ramener à la vie.

-Que ressentiez-vous quand vous voyiez les enfants mourir ?" lui ai-je demandé.
-Je n'avais aucune sympathie car on m'avait appris à penser qu'ils étaient les ennemis de notre pays et que tous ses problèmes étaient de leur faute. Je ressentais donc le fait qu'ils méritaient de mourir." J'ai écouté son témoignage froid et logique, me rappelant la phrase "la banalité du mal". Il parlait sans émotion, ni remords apparent. Semblait fier d'avoir obtenu de l'avancement dans l'armée à cause de sa cruauté exercée de sang froid.(...)

Kim Hang Sun, un activiste des droits humains, trouve deux raisons expliquant le manque d'émotion de Kwon Hyok. D'abord, ce sont des personnes endommagées, dit-il, élevées dans un système perverti. Et ensuite, explique-t-il, de nombreux évadés nous racontent des histoires d'essais d'armes chimiques sur des prisonniers politiques en Corée du Nord et sont toujours surpris de notre réaction. En Corée, affirment-ils, c'est une chose bien connue. Ils sont surpris de notre surprise."



Quand ChIrak recevra-t-il enfin, à l'instar de Joseph Mugabe et de Hu Jintao, l'immense résistant anti-impérialiste/ anti-unilatéraliste/ anti-américain, défenseur insigne des droits de l'homme et leader suprême de son peuple - Kim Jong Il - à l'Élysée ?


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AUTEUR : Brolsky01    DATE : 01 février 2004



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