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  Le 06 Septembre 2010
[ Revues. Poètes. ]
NOUVEAU !
En l'honneur de Bacchus
Le printemps des Poètes
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The very Best of...
NOUVEAU FORUM
Premier recueil
Les règles de la ponctuation
   
En l'honneur de Bacchus
C'est Dieu qui créa l'eau,
Mais l'homme fit le vin.

Victor HUGO










EN L'HONNEUR DE BACCHUS


Je ne connais de sérieux ici-bas que
la culture de la vigne.



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LE VIN
de François COPPEE

Longtemps, dans l'atmosphère humide des caveaux
Sous la voûte profonde et de nitre imprégnée !
Sous la poussière et sous les toiles d'araignée
Le jeune vin vieillit dans des flacons nouveaux.
Il faut que dans le calme et l'ombre des tombeaux
La sublime liqueur dure plus d'une année,
Avant que d'accomplir la noble destinée
D'exalter un instant nos coeurs et nos cerveaux.
Ainsi, Chaze, il en est de la pensée humaine,
C'est par un très secret et très lent phénomène
Qu'elle se plie enfin au rythme harmonieux.
Un doux sonnet mûrit comme un bordeaux suave
Et tu fais bien, ami, qui né dans une cave,
De lire des beaux vers en buvant tes vins vieux.
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LE MONDAIN
de Voltaire

Allons souper. Que ces brillants services,
Que ces ragoûts ont pour moi de délices !
Qu'un cuisinier est un mortel divin !
Cloris, Eglé me versent de leur main
D'un vin d'Aï, dont la mousse, pressée
De la bouteille avec force élancée,
Comme un éclair fait voler son bouchon ;
Il part, on rit, il frappe le plafond.
De ce vin frais, l'écume pétillante
De nos Français est l'image brillante.
___________________

LE VIN DE VERITE
de Emile Goudeau

Eh ! quoi ? Les anciens Grecs, pourtant joyeux et braves,
Logeaient la Vérité toute nue en un puits !!...
Dieux buveurs de nectar, restez exempts d'ennuis,
On sait que votre soeur habite dans les caves.
Nos pères, les Latins, nous l'ont dit par trois mots
Que l'on devrait inscrire, en or, sur les murailles :
"In Vino Veritas !" C'est parmi les futailles
Que naît la Vérité, Venus des rouges flots.
"In Vino Veritas !" Or, apportez mon verre
Loin des puits imposteurs, et je dégusterai
Philosophiquement, le pur, le bon, le vrai,
Me consolant ainsi que Tout mente sur Terre.
Car le buveur adopte un franc-parler joyeux
Dans la société des lucides amphores.
La Vérité lui souffle un tas de métaphores
Qui lui donnent le droit de tutoyer les Dieux.
Bientôt, loin des puits sourds, il court vers les Etoiles,
Bousculant Mars, Vénus, Neptune, Jupiter.
Seigneurial, il vogue et roule dans l'Ether,
Ayant, comme l'on dit, quelque vent dans les toiles.
Or, afin de partir de notre monde froid
Vers le Ciel, où le Vrai tout chaud se manifeste,
Le Buveur, sans fatigue, use d'un simple geste :
Il prend son verre plein, ferme les yeux, et boit...
C'est donc, ô vendangeurs, faire oeuvre pie et juste
Que de cueillir, là-bas, les grappes du Soleil,
De presser en la Cuve un laitage vermeil,
Puis d'enclore le Vin dans la Futaille auguste.
La Tonne, dans la Cave obscure, abritera,
Contre l'Eau des mouilleurs abjects, la pourpre exquise ;
On fermera la porte ainsi qu'un huis d'église,
Et l'Alme vérité dans le Vin descendra.
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LES PROPOS DE TABLE CHEZ LE VOISIN
de Olivier BASSELIN ( Les vaudevires )

Lorsqu'on perce chez mon voisin
Un tonneau, de bon sidre plein
Ou de bon vin,
Me semble qu'on me fiance :
j'ay bonne espérance
D'en boire une souspirance
Soir ou matin.
Il se plaist d'ouir un cas nouveau,
Quelque romant ou conte beau
De mon cerveau
J'en forge et lui en vais faire,
Pour avoir manière
De faire tirer à boire
De son tonneau.
Mon voisin je tiendrois un an
Sur le vin, lorsque du grand Cham
Ou du Soudan
Je lui conte quelque fable,
Qu'il croît véritable,
Ou que je parle à sa table
Du Prestre Jean.
Luy et moy, si c'est en hyver,
Nous nous mettons près le fouyer
A deviser
Du temps de son feu grand-père,
Sans cesser de boire,
Comme j'en vais la manière
Vous demonstrer.
C'est ainsi comme nous faisons,
Luy et moi, quand nous devisons
Près des tisons ;
Detestant melancholie
Et chicanerie,
Qui puisse être forbannie
De nos maisons.
____________________

LES VINS DE FRANCE
de Charles MONSELET

Il est une heure où se rencontrent
Tous les grands vins dans un festin,
Heure fraterneIle où se montrent
Le Lafite et le Chambertin.
Plus de querelles, à cette heure,
Entre ces vaillants compagnons ;
Plus de discorde intérieure
Entre Gascons et Bourguignons.
On fait trêve à l'humeur rivale,
On éteint l'esprit de parti.
L'appétit veut cet intervalle,
Cette heure est l'heure du rôti.
Comme aux réceptions royales
Que virent les deux Trianons,
Circulent à travers les salles
Ceux qui portent les plus beaux noms.
A des gentilshommes semblables
Et non moins armoriés qu'eux,
Les grands vins, aux airs agréables,
Echangent des saluts pompeux.
Ils ont dépouillé leurs astuces,
Tout en conservant leur cachet,
- Passez, monsieur de Lur-Saluces !
- Après vous, mon cher Montrachet.
Pommard, en souriant, regarde
Glisser le doux Brame-Mouton,
Nul ne dit à Latour : " Prends garde !"
Par même le bouillant Corton.
Volnay raconte ses ruines
Au digne Saint-Emilion,
Qui l'entretient de ses ravines
Et des grottes de Pétion.
Jamais les vieilles Tuileries
Dans leurs soirs les plus radieux,
Ne virent sous leurs boiseries
Hôtes plus cérémonieux.
On cherche le feutre à panache
Sur le bouchon de celui-ci,
Et, sous la basque qui la cache,
L'épée en acier aminci.
Voici monsieur de Léoville
Qui s'avance en habit brodé,
Et qui, d'une façon civile,
Par Chablis se voit abordé.
Musigny, que d'orgueil on taxe,
Dit à Saint-Estèphe : " Pardieu !
J'étais chez Maurice de Saxe
Quand vous étiez chez Richelieu !"
" Moi, sans que personne s'en blesse,
J'ai, dit monsieur de Sillery,
Conquis mes lettres de noblesse
Aux soupers de la Du Barry !"
" Sans chercher si loin mon baptême,
Prophète chez moi, dit Margaux,
A la duchesse d'Angoulême
J'ai fait les honneurs de Bordeaux."
Le jeune et rougissant Montrose,
Ayant quitté pour un instant
Le bras de son tuteur Larose,
Jette un regard inquiétant,
Et cherche, vierge enfrisonnée,
Rouge comme un coquelicot,
Mademoiselle Romanée
Auprès de la veuve Clicquot.
Certaine d'être bien lotie,
Malgré son air un peu tremblant,
Dans un coin, la Côte-Rôti
Sourit à l'Ermitage blanc ;
Il en est du temps des comètes,
Qui, dépouillés, usés, fanés,
Sont dans des fauteuils à roulettes
Respectueusement traînés.
Un tel souffrant qu'on le décante
Fat dans sa fraise de cristal :
"Ah ! dit-il, plus d'une bacchante
M'aima dans le Palais-Royal !"
A ce rendez-vous pacifique
Aucun ne manque ; ils sont tous là.
O le spectacle magnifique !
O le resplendissant gala !
Et quel bel exemple nous donnent
Ces vins dans leur rare fierté
Qui s'acceptent et se pardonnent
Leur triomphante égalité !
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MA GRAND-MÈRE…
Pierre-Jean de BÉRANGER 1780-1857

Ma grand-mère un soir à sa fête
De vin pur ayant bu deux doigts
Nous disait en branlant la tête
Que d'amoureux j'eus autre fois.

Refrain:

Combien je regrette
Mon bras si dodu,
Ma jambe bien faite,
Et le temps perdu.
Quoi! maman, vous n'étiez pas sage?
- Non vraiment; et de mes appas
Seule à quinze ans j'appris l'usage,
Car la nuit je ne dormais pas.
Maman, vous aviez le coeur tendre?
- Oui, si tendre qu'à dix-sept ans,
Lindor ne si fit pas attendre,
Et qu'il n'attendit pas longtemps.
Maman, Lindor savait donc plaire?
- Oui, seul il me plus quatre mois;
Mais bientôt j'estimai Valère,
Et fis deux heureux à la fois.
Quoi! maman, deux amants ensemble
- Oui, mais chacun d'eux me trompa
Plus fine alors qu'il ne vous semble,
J'épousai votre grand-papa.
Maman, que lui dit la famille.
- Rien, mais un mari plus sensé
Eût pu connaître à la coquille
Que l'oeuf était déjà cassé.
Maman, lui fûtes-vous fidèle?
- Oh! sur cela je me tais bien.
A moins qu'à lui Dieu ne m'appelle,
Mon confesseur n'en saura rien.
Bien tard mana, vous fûtes veuve?
- Oui, mais grâce à ma gaîté,
Si l'église n'était plus neuve,
Le saint n'en fut pas moins fêté.
Maman, comment faut-il donc faire?
- Eh! mes petits-enfants, pourquoi,
Quand j'ai fait comme ma grand'mère,
Ne feriez-vous pas comme moi?

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MESSALINE : BALLADES JOYEUSES
de Théodore Faullin de Banville 1823 - 1891

Furieuse, et toujours en proie à son tourment,
Messaline, que nul festin ne désaltère,
Ayant sur son épaule une peau de panthère,
Célèbre la vendange avec son jeune amant.
Elle serre en ses bras de neige éperdument
Silius, et lui dit: "Je voudrais sans mystère
Me coucher à tes pieds devant toute la terre!"
Et le vin coule à flots dans le pressoir fumant.
Puis, tandis que le choeur danse au bruit de la lyre,
La Bacchante déchire et brise en son délire
De noirs raisins pourprés, et laissant à dessein
Leur sang vermeil couler sur ses belles chaussures,
Elle baise le cou du jeune homme et son sein,
Et sa bouche affamée y laisse des morsures.

MIEUX VAUT LE VIN QUE LA VUE
de Clément MAROT 1546

Le vin qui trop cher m'est vendu,
M'a la force des yeux ravie,
Pour autant qu'il m'est défendu,
Dont tous les jours m'en croît l'envie.
Mais puisque lui seul est ma vie,
Malgré les fortunes senestres,
Les yeux ne seront point les maistres
Sur tout le corps, car, par raison,
J'aime mieux perdre les fenestres
Que perdre toute la maison.
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NUIT RHENANE
de GUILLAUME APOLLINAIRE

Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme
Écoutez la chanson lente d'un batelier
Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds
Debout chantez plus haut en dansant une ronde
Que je n'entende plus le chant du batelier
Et mettez près de moi toutes les filles blondes
Au regard immobile aux nattes repliées
Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent
Tout l'or des nuits tombe en tremblant s'y refléter
La voix chante toujours à en râle-mourir
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l'été
Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire
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ODE A SON NEZ
Olivier BASSELIN ( XV° )

Beau nez, dont les rubis ont cousté mainte pipe
De vin blanc et claret
Et duquel la couleur richement participe
Du rouge et du violet;
Gros nez, qui te regarde à travers un grand verre
Te juge encore plus beau :
Tu ne ressembles point au nez de quelque hère
Qui ne boit que de l'eau
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ODE AU VIN
de Emile GOUDEAU 1896 ( Poèmes Parisiens )

Ah ! si la Seine était de ce bon vin de Beaune
Et que mon ventre fût large de plusieurs aunes,
Je m'en irais dessous un pont,
M'y coucherais tout de mon long.
Et je ferais descendre
La Seine dans mon ventre
Et si le roi Henry voulait me la reprendre,
Implorant ma pitié, plutôt que de la rendre,
Je lui dirais : " Bon roi Henry
Gardez, gardez votre Paris,
Paris avec Vincennes...
Mais laissez-moi la Seine."
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ORGYE
de SAINT-AMANT 1638

Sus, sus, enfans ! qu'on empoigne la coupe !
Je suis crevé de manger de la soupe.
Du vin ! du vin ! cependant qu'il est frais.
Verse, garçon, verse jusqu'aux bords,
Car je veux chiffler à longs traits
A la santé des vivants et des morts.
Pour du vin blanc, je n'en tasteray guère ;
Je crains toujours le syrop de l'esguière,
Dont la couleur me pourroit attraper.
Baille moi donc de ce vin vermeil :
C'est Iuy seul qui me fait tauper,
Bref, c'est mon feu, mon sang et mon soleil.
0 qu'il est doux ! J'en ay l'âme ravie,
Et ne croy pas qu'il se trouve en la vie
Un tel plaisir que de boire d'autant :
Fay-moy raison, mon cher amy Faret
Ou tu seras tout à l'instant
Privé du nom qui rime à cabaret.
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LA MUSE
de Clovis HUGUES (1884)
Premier Prix
A l'occasion du Concours Viticole d'Épernay de 1884, Armand Bourgeois, percepteur à Pierry et homme
de lettres, a organisé une deuxième compétition sous le nom de
« Concours poétique du Vin de Champagne ».


La Muse, qui couvrait son jeune front de gloire,
A vu plus d'une fois Hugo lui-même boire
Le champagne mousseux avec sérénité,
Tandis qu'en son cerveau tout vibrant de génie,
L'idylle voltigeait, pas encore finie,
Dans un demi-contour d'ombre et de clarté.

Et ce que tu créais en ces heures sacrées,
Champagne, ô doux berceur des syllabes dorées !
C'était de la justice et c'était de l'amour,
Car tu collaborais avec l'homme sublime
Qui, démasquant l'intrigue et dérangeant le crime,
Chasse la nuit l'infâme et hâte le grand jour.

Chante, bon vieux ! ris, jeune fille !
Viens boire un petit coup, voisin !
Vers le champagne qui pétille
La coupe s'allonge à dessein.
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LE BOUCHON ET LA BOUTEILLE DE CHAMPAGNE
de Franc-Nohain ( 1872-1934).

De la bouteille de Champagne
Le bouchon faisant le bouffon,
Est-ce l'ivresse qui le gagne ?
Pète et bondit jusqu'au plafond.

Une fois au plafond, il en faut redescendre,
Hélas ! C'est la commune loi,
Et si merveilleuse que soit
La vertu des vins champenois,
Notre bouchon ne peut prétendre
Demeurer en l'air suspendu ;
Bref, le voici redescendu,
Qui roule à terre
Dans la poussière,
Sur le tapis
Parmi
Les miettes,
Et les vieux bouts de cigarettes,
Et autres rebutant débris.

Pour son rêve,
Triste réveil :
Lui qui voulait monter jusqu'au soleil pareil
Au vin dont il se grise, ainsi que lui vermeil,
Son exaltation fût brève.

Le mieux dit le bouchon, avant qu'on ne l'enlève,
Est de regagner au plus tôt
Le goulot
De la bouteille chère à la veuve Clicquot !

Donc vers son asile ancien,
Le bouchon penaud s'en revient.
Mais c'est en vain
Qu'il se comprime
Pour réintégrer cet étui.

L'étui de verre
Quelle affaire !
Est maintenant bien trop étroit pour lui,
Tant, lorsqu'il se croyait son maître,
Et du ciel rêvait la conquête,
L'ambitieux s'était épanoui.

La Liberté donne des habitudes
Auxquelles il est malaisé
Par la suite de renoncer :
Reprendre le carcan semble rude,
Et l'on aura beau s'efforcer,
On n'a plus le goût ni la mine
De se laisser imposer
Les anciennes disciplines.
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LE DEBAUCHE
de SAINT-AMANT 1638

Nous perdons le temps à rimer,
Amis, il ne faut plus chômer;
Voici Bacchus qui vous convie
A mener bien une autre vie ;
Laissons-là ce fat d'Apollon,
Chions dedans son violon ;
Nargue du Parnasse et des Muses,
Elles sont vieilles et camuses ;
Nargue de leur sacré ruisseau,
De leur archet, de leur pinceau,
Et de leur verve poétique,
Qui n'est qu'une ardeur frénétique ;
Pégase enfin n'est qu'un cheval
Et pour moi je crois, cher Laval (1)
Que qui le suit et lui fait fête
Ne suit et n'est rien qu'une bête.

Morbleu ! comme il pleut là dehors !
Faisons pleuvoir dans notre corps
Du vin, tu l'entends sans le dire,
Et c'est là le vrai mot pour rire ;
Chantons, rions, menons du bruit,
Buvons ici toute la nuit,
Tant que demain la belle Aurore
Nous trouve tous à table encore.
Loin de nous sommeil et repos ;
Boissat, lorsque nos pauvres os
Seront enfermés dans la tombe,
Par la mort, sous qui tout succombe,
Et qui nous poursuit au galop,
Las ! nous ne dormïrons que trop.
Prenons de ce doux jus de vigne ;
Je vois Faret qui se rend digne
De porter ce dieu dans son sein,
Et j'approuve fort son dessein.

Bacchus ! qui vois notre débauche,
Par ton saint portrait que j'ébauche
En m'enluminant le museau
De ce trait que je bois sans eau ;
Par ta couronne de lierre,
Par la splendeur de ce grand verre,
Par ton thyrse tant redouté,
Par ton éternelle santé,
Pat tes innombrables conquêtes,
Par les coups non donnés, mais bus,
Par tes glorieux attributs,
Par les hurlements des Ménades,
Par le haut goût des carbonnades (2),
Par tes couleurs : blanc et clairet,
Par le plus fameux cabaret,
Par le doux chant de tes orgies
Par l'éclat des trognes rougies,
Par table ouverte, à tout venant,
Par le bon carême prenant,
Par les fins mots de ta cabale,
Par le tambour et la cymbale,
Par tes cloches qui sont des pots,
Par tes soupirs qui sont des rots,
Par tes hauts et sacrés mystères,
Par tes furieuses panthères,
Par ce lieu si frais et si doux,
Par ton bouc paillard comme nous,
Par ta grosse garce Ariane,
Par le vieillard monté sur l'âne,
Par les satyres tes cousins,
Par la fleur des plus beaux raisins,
Par ces bisques si renommées,
Par ces langues de boeuf fumées,
Par ce tabac, ton seul encens,
Par tous les plaisirs innocents,
Par ce jambon couvert d'épices,
Par ce long pendant de saucisses,
Par la majesté de ce broc,
Par masse, tope, cric et croc...
Reçois-nous dans l'heureuse troupe
Des francs chevaliers de la coupe,
Et, pour te montrer tout divin,
Ne la laisse jamais sans vin.
_____________________

L'HYPOCHONDRIAQUE
de P. LORIE (1867)

— Voulez-vous de vos jours raviver le flambeau ?
Suivez de point en point ce qu'on va vous prescrire.
— A tout, Docteur, à tout je suis prêt à souscrire.
— Bifteeks, rosbifs, chapons vous seront seuls permis ;
À dîner, chaque jour, invitez des amis,
Gens de bon appétit et d'humeur joviale ;
Surtout — et c'est ici la chose capitale,
Car le salut pour vous n'est qu'au fond du caveau,
Surtout qu'un vieux Champagne, échauffant le cerveau,
Au bruit des gais refrains d'une aimable folie,
Chasse au loin la tristesse et la mélancolie.
Ainsi donc du Champagne, et du Champagne encor !
Et vous verrez bientôt refleurir l'âge d'or.
____________________

L' IVROGNE ET SA FEMME
de Jean de LA FONTAINE 1621-1695

Chacun a son défaut où toujours il revient:
Honte ni peur n'y remédie.
Sur ce propos, d'un conte il me souvient:
Je ne dis rien que je n'appuie
De quelque exemple. Un suppôt de Bacchus
Altérait sa santé, son esprit et sa bourse.
Telles gens n'ont pas fait la moitié de leur course
Qu'ils sont au bout de leurs écus.
Un jour que celui-ci plein du jus de la treille,
Avait laissé ses sens au fond d'une bouteille,
Sa femme l'enferma dans un certain tombeau.
Là les vapeurs du vin nouveau
Cuvèrent à loisir. A son réveil il treuve
L'attirail de la mort à l'entour de son corps:
Un luminaire, un drap des morts.
Oh! dit-il, qu'est ceci? Ma femme est-elle veuve?
Là-dessus, son épouse, en habit d'Alecton,
Masquée et de sa voix contrefaisant le ton,
Vient au prétendu mort, approche de sa bière,
Lui présente un chaudeau propre pour Lucifer.
L'Epoux alors ne doute en aucune manière
Qu'il ne soit citoyen d'enfer.
Quelle personne es-tu? dit-il à ce fantôme.
- La cellerière du royaume
De Satan, reprit-elle; et je porte à manger
A ceux qu'enclôt la tombe noire.
Le Mari repart sans songer:
Tu ne leur portes point à boire?
____________________

LA BOUTEILLE
PANARD

Que mon
Flacon
Me semble bon ;
Sans lui
L'ennui
Me nuit,
Me suit ;
Je sens
Mes sens
Mourants,
Pesants.
Quand je le tiens
Dieu que je suis bien !
Que son aspect est agréable !
Que je fais cas de ses divers présents !
C'est de son sein fécond st de ses heureux flancs
Que coule ce nectar si doux, si délectable,
Qui rend dans les esprits tous les cœurs satisfaits,
Cher objet de mes vœux tu fais toute ma gloire,
Tant que mon cœur vivra de tes charmants bienfaits
Il saura conserver le fidèle mémoire.
Ma muse à te louer se consacre à jamais,
Tantôt dans un caveau, tantôt sous une treille,
Répétera cent fois cette aimable chanson :
Règne sans fin ma charmante bouteille
Règne sans cesse, mon cher flacon.
____________________

AU FOND DU VIN SE CACHE UNE AME
de Théodore Faullin de BANVILLE (1823-1891)

Au fond du vin se cache une âme!
Pierrot, dans le cristal vermeil
Verse-moi la liqueur de flamme:
C'est le printemps, c'est le soleil!
Elle enivre notre souffrance
Sur cette terre où nous passons!
Amis! vivent les vins de France
Et le délire des chansons!

Avec leur parure choisie,
Avec leurs beaux fronts empourprés,
La Musique et la Poésie
Sortiront de ces flots sacrés.
La Joie et la blonde Espérance
Les versent à leurs nourrissons!
Amis! vivent les vins de France
Et le délire des chansons!
____________________

BACCHUS
André CHENIER
(Anonyme)

Viens, ô divin Bacchus, ô jeune Thyonée,
Ô Dyonise, Evan, Iacchus et Lénée ;
Viens, tel que tu parus aux déserts de Naxos
Quand tu vins rassurer la fille de Minos.
Le superbe éléphant, en proie à ta victoire,
Avait de ses débris formé ton char d'ivoire.
De pampres, de raisins mollement enchaîné,
Le tigre aux larges flancs de taches sillonné,
Et le lynx étoilé, la panthére sauvage,
Promenaient avec toi ta cour sur ce rivage.
L'or reluisait partout aux axes de tes chars.
Les Ménades couraient en longs cheveux épars
Et chantaient Evoé, Bacchus et Thyonée,
Et Dyonise, Evan, Iacchus et Lénée,
Et tout ce que pour toi la Grèce eut de beaux noms.
Et la voix des rochers répétait leurs chansons,
Et le rauque tambour, les sonores cymbales,
Les hautbois tortueux, et les doubles crotales
Qu'agitaient en dansant sur ton bruyant chemin
Le faune, le satyre et le jeune sylvain,
Au hasard attroupés autour du vieux Silène,
Qui, sa coupe à la main, de la rive indienne,
Toujours ivre, toujours débile, chancelant,
Pas à pas cheminait sur son âne indolent.
____________________

BALLADE A BOIRE
de Jean RICHEPIN ( Mes paradis 1894 )

Ces gourmandises de bouteilles
Débaucheraient le plus têtu
Oh ! les belles gouges vermeilles
Qui vous font de l'oeil impromptu !
Tant pis pour qui ne l'a point eu,
Le bonheur profond et céleste
Qu'offre leur ventre court vêtu !
Bois d'autant. Siffle sur le reste.
Je bois. Si tu m'en déconseilles,
Je te dirai turlututu,
Et, me bouchant les deux oreilles,
J'attendrai que tu te sois tu.
Prends plutôt ce verre pattu
Et le vide d'une main preste.
Afin de noyer ta vertu,
Bois d'autant. Siffle sur le reste.
Bois. Les bouteilles sont pareilles
A des tétons au bout pointu.
En les suçant tu t'ensoleilles,
Ton nez fût-il sale et tordu,
Rongé de pleurs, triste, battu
Par les flots d'un destin funeste,
Il devient clair et beau si tu
Bois d'autant. Siffle sur le reste.
____________________

A SON PAGE
de Pierre de RONSARD (1524-1585)

Fais rafraîchir mon vin de sorte
qu'il passe en froideur un glaçon;
fais venir Jeanne, qu'elle apporte
son luth pour dire une chanson;
nous ballerons tous trois au son,
et dis à Barbe qu'elle vienne,
les cheveux tors à la façon
d'une folâtre Italienne.
Ne vois-tu que le jour se passe?
Je ne vis point au lendemain;
Page, reverse dans ma tasse,
que ce grand verre soit tout plein.
Maudit soit qui languit en vain!
Ces vieux médicins je n'appreuve;
mon cerveau n'est jamais bien sain
si beaucoup de vin ne l'abreuve.
_____________________

AU SEIN D'UN DESORDRE AIMABLE
de Casimir DELAVIGNE

Au sein d'un désordre aimable
rassemble de vrais amis ;
que Bacchus et que les ris
viennent s'asseoir à ta table.
En flattant notre odorat,
que l'agréable fumée
de la perdrix parfumée
et du lièvre délicat
nous annonce la présence
des mets les plus savoureux ;
chacun se nourrit d'avance
et les dévore des yeux.
Là dans le cristal qui brille,
déjà le vin coule à flots,
déjà la liqueur pétille
et fait jaillir les bons mots.
Plein d'une franche allégresse,
déjà le couplet badin,
joyeux enfant de l'ivresse,
vient égayer le festin.
Ami, remplis donc ton verre
en bénissant ton destin :
aujourd'hui tu peux le faire ;
mais le pourras-tu demain ?
_____________________

AMIS, VIVE L'ORGIE
de Vicomte Victor Marie HUGO (1802-1885)

Amis, vive, vive l'orgie!
J'aime la folle nuit
Et la nappe et la nappe rougie
Et les chants et le bruit,
Les dames peu sévères,
Les cavaliers joyeux,
Le vin dans tous les verres,
L'amour l'amour dans tous les yeux!
La tombe est noire,
Les ans sont courts,
Il faut, sans croire
Aux sots discours,
Très souvent boire,
Aimer toujours!
Dans la douce Italie,
Qu'éclaire un si doux ciel,
Tout est joie et folie,
Tout est nectar et miel.
Ayons donc à nos fêtes
Les fleurs et les beautés,
La rose sur nos têtes,
La femme à nos côtés!
____________________

AU CABARET
de Gabriel VICAIRE ( Emaux bressans 1884 )

Quand, au cabaret, assis sous la treille,
J'ai mon verre plein à côté de moi,
Sans mentir je suis plus heureux qu'un roi ;
Si le vin m'endort, l'amour me réveille.
Holà ? Jean Lemoine, il sonne midi
A mon estomac ; lève-toi, mon brave.
Va•t'en voir s'il reste au fond de ta cave
De ce rejinglard de l'autre jeudi.
Jean Lemoine est lent comme une écrevisse.
Mais Dieu ! que sa fille a bonne façon,
Lorsqu'elle vous dit : " Mon gentil garçon,
Que faut-il c"ans pour votre service ? "
Son rire d'enfant, sa douce beauté
N'ont pas leurs pareils dans notre commune.
Elle efface tout comme un clair de lune
Pâlit en regard du soleil d'été.
Sa vertu d'ailleurs n'est pas trop farouche.
Un baiser, Dieu sait, est bientôt donné,
Et quand le vieux Jean a le dos tourné,
On peut l'embrasser en plein sur la bouche.
Rien ne vaut cela dans tout l'univers.
Oh ! le joli vin qui sent la framboise
Et le fin morceau que cette matoise
Qui m'a déjà mis la tête à I'envers !
Que faut-il pour être heureux en ce monde ?
Avoir à sa droite un pot de vin vieux,
En poche un écu, du soleil aux yeux,
Et sur les genoux sa petite blonde.
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A MAYNARD
Par DE RACAN (1635 )

Pourquoi se donner tant de peine ?
Buvons plutôt à perdre haleine,
De ce nectar délicieux,
Qui, pour l'excellence, précède
Celui même que Ganymède
Verse dans la coupe des dieux.
C'est lui qui fait que les années
Nous durent moins que les journées ;
C'est lui qui nous fait rajeunir,
Et qui bannit de nos pensées
Le regret des choses passées
Et la crainte de l'avenir :
Buvons, Maynard, à pleine tasse,
L'âge insensiblement se passe,
Et nous mène à nos derniers jours ;
L'on a beau faire des prières,
Les ans, non plus que les rivières,
Jamais ne rebroussent leur cours.
Le printemps, vêtu de verdure,
Chassera bientôt la froidure ;
La mer a son flux et reflux ;
Mais, depuis que notre jeunesse
Quitte la place à la vieillesse,
Le temps ne la ramène plus.
Les lois de la mort sont fatales
Aussi bien aux maisons royales
Qu'aux taudis couverts de roseaux ;
Tous nos jours sont sujets aux Parques ;
Ceux des bergers et des monarques
Sont coupés des mêmes ciseaux.
Leurs rigueurs, par qui tout s'efface,
Ravissent, en bien peu d'espace,
Ce qu'on a de mieux établi,
Et bientôt nous mèneront boire,
Au-delà de la rive noire,
Dans les eaux du fleuve d'oubli.
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A MON VERRE
de Antoine DESAUGIERS (1808)

Quand je vois des gens ici-bas
Sécher de chagrin et d'envie,
Ces malheureux, dis je tout bas,
N'ont donc jamais bu de leur vie !
On ne m'entendra pas crier
Peine, famine, ni misère,
Tant que j'aurai de quoi payer
Le vin que peut tenir mon verre.
Riche sans posséder un sou,
Rien n'excite ma jalousie ;
Je ris des mines du Pérou,
Je ris des trésors de l'Asie,
Car sans sortir de mon taudis,
Grâce au seul Dieu que je révère,
Je vois et topaze et rubis
Scintiller au fond de mon verre.
Tout nous atteste que le vin
De tous les maux est le remède,
Et les dieux n'ont pas fait en vain
Un échanson de Ganymède,
Je gage même que ces coups
Que l'homme attribue au tonnerre
Sont moins l'effet de leur courroux
Que du choc bruyant de leur verre.
Chaque jour l'humide fléau
Des cieux ne rompt-il pas les digues ?
Si les Immortels aimaient l'eau
Ils n'en seraient pas si prodigues ;
Et quand nous voyons par torrent
La pluie inonder notre terre,
C'est qu'ils rejettent en jurant
L'eau que l'on verse dans leur verre.
Le bon vin rend l'homme meilleur
Car du monarque assis à table
Vit-on jamais le bras vengeur
Signer la perte d'un coupable ?
De son coeur le courroux banni
N'obscurcit plus son front sévère.
Armé du sceptre, il l'eût puni ;
Il lui pardonne, armé du verre,
Je ne sais par quel vertigo
Ou quelle substance extrême,
Narcisse, en se mirant dans l'eau,
Devint amoureux de lui-même :
Moi, fort souvent je suis atteint
De cette risible chimère
Mais lorsque je vois mon teint
Pourpré par le reflet du verre,
Dieu du vin, dieu de l'univers,
Toi qui me fis à ton image,
Reçois ce tribut de mes vers :
Et, pour couronner ton ouvrage,
Fais jusqu'à mes instants derniers
Que dans ma soif je persévère,
Et qu'à ma mort mes héritiers
Ne trouvent plus rien dans mon verre.
____________________

A ROGER DE BEAUVOIR
de Théodore Faullin de BANVILLE (1823-1891)

Ce temps est si sévère
Qu'on n'ose pas
Remplir deux fois son verre
Dans un repas,
Ni céder à l'ivresse
De son désir,
Ni chanter sa maîtresse
Et le plaisir!
On croit que, pour paraître
Rempli d'orgueil,
Il est distingué d'être
Toujours en deuil!
Les topazes, la soie,
La pourpre et tout,
Ne font pas une joie
D'assez bon goût,
Et les bourgeois que flatte
Un speech verbeux,
Ont peur de l'écarlate
Comme les boeufs!
O pauvres gens sans flamme,
Qui, par devoir,
Mettent, même à leur âme,
Un habit noir!
Qu'ils ne puissent plus boire
Sans déroger,
C'est bien fait pour leur gloire!
Mais, cher Roger,
Nous de qui le coeur aime
Un doux regard,
Admirons ce carême
Comme objet d'art,
Et restons à notre aise
Dans le soleil
Qu'a fait Paul Véronèse
Aux Dieux pareil!
Sa lèvre nous embrase!
Que ces marchands
Gardent pour eux l'emphase,
Et nous les chants!
Tant que des gens moroses
Le ciel épris
Ne mettra pas aux roses
Un habit gris,
Tant qu'au dôme où scintillent
Les firmaments,
Parmi les saphirs brillent
Des diamants,
Tant qu'au bois, où m'accueille
Un vert sentier,
Naîtront le chèvrefeuille
Et l'églantier,
Tant que sous les dentelles
Daignent encor
Nous sourire les belles
Aux cheveux d'or,
Tant que le vin de France
Et les raisins
Porteront l'espérance
A nos voisins,
Gardons la jeune Grâce
Pour échanson,
Que jamais rien ne lasse
Notre chanson!
Et vous que j'accompagne
Jusqu'au mourir,
Versez-nous le champagne!
Laissons courir,
Avec l'or et la lie
De sa liqueur,
L'inconstante folie
Dans notre coeur.
Buvons ce flot suave
Et sans rival,
Et nous prendrons l'air grave
Au carnaval!





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Divers auteurs.
19 avril 2005



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