Le 09 Février 2010
  

 
      Preljocaj
Y aller ?
 


a ouvert le Festival 07 Montpellier Danse avec un original de Stockhausen, chorégraphié sous le nom d'"Eldorado".

La soirée s'est déroulée au Corum qui était plein comme un oeuf.

Avant de démarrer, il faudrait dire que le premier spectacle du Festival 07 était en fait un duo de Christine Jouve, suivi d'une pièce d'Alain Buffard. Mais bon, le faible nombre de spectateurs des deux salles correspondantes, comparé aux milliers de personnes du Corum, permettent de dire que l'inauguration officielle, c'était Preljo. Parenthèse terminée.

Trois pièces étaient au programme, qui tournaient autour de l'idée du duo. Première pièce, un duo féminin, deuxième pièce, un duo masculin. Troisième pièce, la création (les deux précédentes étaient dès lors choisies comme entrée en matière), qui était structurée par toute une série de duos.

On va commencer par "Eldorado". Karlheinz Stockhausen(son site) a beaucoup aimé la chorégraphie de Preljo sur la musique "Helikopter". De ce fait, il y a peu, il lui a demandé de chorégraphier la nouvelle pièce "Sonntags-Abshied", qu'il venait de réaliser à partir d'un matériau plus ancien.
C'est très chic ! "Karlheinz m'a téléphoné, il voudrait que je fasse la danse de Sonntags-Abshied, je ne pourrai pas venir pour le thé".
Mais, faut-il se moquer ? L'un des plus grands musiciens du siècle 1950-2050 qui vous dédie une oeuvre, c'est un signe de qualité, c'est comme ça qu'il faut le voir.


La pièce qui en découle est pour douze danseurs. Qui sont placés dans un vaisseau spatial, virginal, épuré. Les costumes sont à même la peau, presque plus nue que nue. (cf photo)
La structure de base est le duo (au début). Faut-il y voir de nouveaux Adams et Eves colonisant une planète (d'où le nom d'eldorado). Pas forcément, les duos sont homosexes, on peut donc aussi y voir des pionniers. La société se structurera peu à peu, les duos-structure de base devenant des trios et des quatuors.
La danse est beaucoup plus épurée que d'habitude chez Preljo, il y a moins d'effets gratuits. On est beaucoup plus dans une structuration à la Bach-Cunningham au sens de lignes très simples combinées pour en faire des structures très compliquées.
J'ai trouvé que le coté un peu vulgaire des sons de Stockhausen (il a été beaucoup influencé par les kautrockers sous acide, qui d'ailleurs jouaient pour lui), ce coté rock allemand, convenait bien à la charge érotique (un peu vulgaire aussi) de la danse de Prelj.
En deux mots, alliance de la musique et de la forme, partition de très haut niveau, c'est pas loin d'être un chef d'oeuvre. Peut être bien la pièce la plus logique, la moins agaçante de Preljo.

Mais est-ce un compliment ? On aurait affaire là au chef d'oeuvre chorégraphique de 2007, l'équivalent de Picasso-Stravinsky-Diaghilev au début du 20me ? C'est dur à croire. Le message, la "vision", ce serait ces hommes et femmes javélisés, cette structure architecturale (au sens danse et scénigraphie) qui nous ramène à la ligne claire du Alix des "légions perdues" ? Sans qu'il y ait de morale, de culpabilité ? Avec ce coté kitch et aguicheurs de danseuses plus belles que belles et d'hommes bodybuildés ? Notez bien qu'on trouve ça aussi dans "Gattaca" ou dans le début de "Starship troopers". Mais justement, les fins de ces films ne sont pas comme le début ! Là, ça finit bien, en fait. On ne saisit donc pas vraiment un message, d'où une impression finale un peu creuse (et des applaudissements corrects, mais sans plus).

Bon, alors belle occasion de revenir sur les pièces apéritives. Un très beau duo féminin sur une musique déconstruite (Vivaldi et Roy(des infos) ), mais qui présente des faiblesses quand il n'y pas de musique. Un assez beau duo masculin, nommé "Centaures" (mais est-ce que la danse est à la hauteur de la beauté des 2 danseurs ?) sur une musique de Ligeti.
Là aussi, le message sous-jacent apparaissait bien confus. Certains effets très m'as-tu-vu enlevaient du sérieux au truc (genre le coup de cymbale quand on ferme le poing... bon il n'y avait pas de cymbale, mais c'est pour expliquer).
Il y avait quelque chose de très intriguant dans le premier duo tout de même, qui pouvait le rendre passionnant. J'ai toujours l'impression avec Preljocaj d'être dans un "sacre du printemps". Les corps se prêtent à ça, la danse aussi. C'est très codé, écrit, dirigé, mais on se demande toujours si ça ne va pas finir en partouze géante. Un petit coté Madonna : le sexe affleure toujours (cf une image où en fait on ne voit guère qu'un téton, mais où le sexe dégouline... Le problème n'est pas ce qu'on voit mais comment on le montre)... Je qualifie cette ambiance de "chamanique". Je veux dire par là que dans les religions issues de Jésus, on distingue messe blanche et messe noire. On ne mélange pas les genres, même si on peut se pasticher. Dans le chamanique (ou le tribal), la cérémonie religieuse peut finir en bacchanale. Preljo, je le met là, dans les religions de Dyonisos. Or, ce duo féminin traite de l'Annonciation : l'ange et la vierge. Un thème d'ailleurs, pas si chrétien que ça, c'est là où c'est intéressant. En quoi ce message extra-humain a-t-il un lien quelconque avec le message de l'homme Jésus ? Bref,il y a de l'espace pour une ambigüité de signification et la danse dyonisaque. Deux danseuses sublimes, des téléscopages musicaux bien sentis. Tout est en place. Malheureusement, trop d'effets gratuits sur la fin, on l'a dit. Et merde. De même ,les deux centaures, c'était vraiment beau. Mais la musique de Ligeti, c'est bien plus que ça, ce n'est pas allemand contemporain (ce n'est pas vulgaro-crade). Bref...
Ceci dit ,dans le duo féminin,il y avait des moments magiques où l'on avait l'impression que c'était la danse qui faisant la musique et non pas la danse qui suivait la musique.

Moralité : Preljo a mis en place une super compagnie, une logique artistique, les tournées sont (et vont être) des succès planétaires. Mais bon, je ne suis pas totalement convaincu.

PS: la plasticienne Nicole Tran Ba Vang ne m'a pas convaincu sur ce coup, mais son site mérite le coup d'oeil.

PPS: la référence à l'esthétique d'Alix était innocente. Depuis, j'ai trouvé ça clik
Bon, on connait aussi le livre d'Assouline sur Hergé. Donc, en fait, ça nous apprend rien.

PPPS : Espace blanc


Retour haut de page

 


créer un site ou un blog  créer un blog, un site ou un portail : une solution puissante de gestion de contenu
Rédacteur-photographe : Jean-Marc Douillard



Illustrations : Daniel Gallego ou Typo Generator

powered by webzinemaker