Le 06 Septembre 2010
  

 
      Hui-Neng
Spiritualité
 

Hui-Neng
Houei-Neng (Hui Neng 683-713) est le sixième patriarche du bouddhisme chinois. C'est lui qui a transformé le bouddhisme méditatif de l’inde en Tchan chinois (= Zen japonais), en ramenant tout à une Illumination soudaine. Il est le fondateur de l'école du Sud. Il a enseigné comment atteindre la compréhension subite de la vacuité de notre nature.

C'est en entendant le Sutra du Diamant, que Houei-Neng eut la révélation de sa voie. Il se rendit auprès de Hong Ren, le 5e patriarche. Celui-ci lui donna un emploi aux cuisines.
Plus tard, pour désigner son successeur, Hong Ren propose un test. Les candidats à sa succession devront rédiger une stance montrant leur parfaite compréhension du Dharma. Le premier disciple, Chen-Siou (Shen Xiu), le plus érudit proposa :

"Le corps est l'arbre de l'illumination (bodhi),
Et l'esprit est comme un miroir clair.
Appliquez-vous à l'essuyer sans cesse
Afin que la poussière du monde ne s'y dépose pas "


Hong Ren répondit à Chen-Siou qu'il avait raison, mais qu'en se limitant à cette stance, on ne pouvait cependant atteindre à l'Éveil : « Ta stance montre que tu n’a pas encore saisi l’essence de l’esprit. Tu es à l’extérieur de la porte de l’Éveil.»

Houei-Neng, entendant un jeune moine réciter la stance, fut troublé et lui demanda de le conduire à la grande salle où elle avait été écrite. Ne sachant pas lire, il se la fit relire une nouvelle fois par Zhang Biejia, puis il lui demanda d’écrirecelle-ci à côté :

"L'éveil (bodhi) ne comporte pas d'arbre
Et le miroir brillant n’a pas de support,
Puisqu’il est toujours pur et immaculé,
Où la poussière du monde pourrait-elle se déposer ?"


La stance de Houi Neng étonna tout le monde. Cependant Hong Ren l'effaça avec ses souliers en disant que Houei Neng n’avait non plus saisi la nature Bouddha. En fait il voulait seulement protéger Hui Neng, parce qu’il connaissait la jalousie de ses diciples.
Un peu plus tard, Hong Ren alla à l’endroit où Houei Neng travaillait le riz et l'invita par langage codé à venir le voir dans sa chambre. Houei Neng comprit immédiatement l’intention de son maître. Il fit son paquet, attendit jusqu’au beau milieu de la nuit puis alla voir Hong Ren par la porte de derrière. Alors Hong Ren lui enseigna le Soutra du Diamant.
Voyant ensuite qu’il en avait saisi l’essence, Hong Ren lui confia sa robe en disant : «Désormais, à vous de rendre prospère le Bouddhisme!» et il lui demanda de quitter secrètement le monastère pour ne pas subir la jalousie des autres disciples.

Plus tard, Chen-Siou dit : «Houei Neng a de la sagesse autodidacte, il comprend au fond le Mahayana et je suis inférieur à lui. D’ailleurs, mon maître lui a personnellement transmis le robe et le Dharma, l'aurait-il fait sans raison?»



Extrait du Soutra de l'estrade du don de la loi, par Houei-Neng :

Le grand maître dit :

« Gens de bonne connaissance,
Pratiquer chez soi est possible! Il n'est pas nécessaire d'être dans un monastère. Être dans un monastère et ne pas pratiquer, c'est être comme des gens de l'Ouest qui auraient l'esprit mauvais, alors que, si vous pratiquez chez vous, vous êtes comme des gens de l'Est qui pratiqueraient à la perfection. Avoir la volonté de pratiquer le pur vide à la maison, c'est être déjà dans les Terres pures de l'Ouest. »

Le préfet demanda :
« Vénérable, j'aimerais que vous nous indiquiez les points essentiels de la pratique chez soi. »

Le grand maître dit :
« Gens de bonne connaissance,
Houei Neng a composé une stance incomparable destinée tant aux moines qu'aux laïcs. Sachez-la tous entièrement par cœur, mettez-la en pratique, et nous serons toujours ensemble.

Voici la stance :

Pénétrer la Doctrine jusqu'à en pénétrer l'esprit est semblable au rayonnement du soleil dans l'immensité vide de l'espace. Ne réfléchir qu'à ce que transmet la Doctrine de l'École subite assure la sortie du monde par la destruction des fausses doctrines.

L'enseignement n'est ni subit ni graduel. Illusion ou intelligence claire dépendent de la lenteur ou de la vivacité de l'esprit. L'étude de la Doctrine de l'École subite ne peut être menée à bien par les sots.

L'enseignement requiert des milliers de moyens, mais toutes leurs divergences convergent vers l'unité. Dans l'antre de vos obscures et secrètes passions, d'un ordinaire instant naîtra le soleil de la bonté.

Les vues fausses sont causes de passions et de souillures que la vue juste fait disparaître. Mais comprendre vraiment que faux et juste sont des notions inutiles, c'est atteindre le pur vide sans reste.

L'Éveil (Bodhi) est fondamentalement pur vide. Tout ce qui s'élève dans l'esprit est chimère. La vide nature est au centre de ces chimères. Seule la droiture chasse les trois obstacles.

Il n'y a absolument aucun empêchement à pratiquer la Voie en restant dans le monde : voir constamment ses propres manquements est être en accord avec la Voie.

Chaque genre d'être a sa propre Voie. Adhérez à la Voie, ne la cherchez pas. Chercher la Voie, c'est ne pas la voir! Croire avoir atteint le sommet, c'est retomber dans les passions ! Si vous voulez voir la Voie réelle, pratiquez le Juste Sentier, c'est la Voie. Si vous n'avez pas l'esprit droit, vous avancerez dans les ténèbres sans la voir.

Si vous pratiquez vraiment la Voie, vous ne verrez pas de faute en ce monde. Voir des sujets de critique en ce monde témoigne que l'on est soi-même critiquable !

Des critiques des autres, c'est le moi qui est responsable. De ces critiques, émises par le moi, on est naturellement coupable. Ce n'est que par la suppression de tout esprit de critique que seront totalement détruits les souillures, les passions, et les vains bavardages.

Si l'on veut réformer les sots, il faut s'en donner les moyens et faire en sorte qu'ils n'aient plus de doute : ainsi apparaîtra l'Éveil (Bodhi)!

La raison d'être du Dharma est de ce monde, et c'est dans ce monde qu'est la sortie du monde. Ne quittez pas le monde pour en chercher la sortie à l'extérieur !

Les vues fausses sont de ce monde, la vue juste en est la sortie, mais sachez bien que vues fausses ou vues justes doivent toutes deux disparaître.

Cela, seul, est l'enseignement de l'École subite, aussi nommée Grand Véhicule (Mahayana). L'illusion dure d'innombrables kalpas, l'intelligence claire survient en un seul kshana.




Hui-Neng dit : "Cette vérité doit être vécue, elle ne doit pas simplement être prononcée avec la bouche. Il n'y a vraiment rien dont il faille discuter dans cet enseignement. Tout argument ira sûrement à l'encontre de son intention. Les doctrines consacrées à la controverse et à la discussion conduisent d'elles-mêmes à la naissance et à la mort"


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