Le 09 Février 2010
  

 
      IQULAH : Rasta Official
Dreadzine
 


Rasta Official :

IQULAH







Représentant officiel du mouvement Rasta auprès des Nations Unies, Iqulah nous livre ici « la grande nouvelle » : la communauté rastafarienne est enfin reconnue par l’ONU. Rastafari ; Repatriation ; Reparation ; Restoration, et désormais « Recognition ». La question d’une reconnaissance institutionnelle du mouvement rasta a suscité de nombreuses controverses. La culture rasta s’est développée en marge de tout officialisme, refusant, la plupart du temps, toute représentation politique, pour s’inscrire progressivement (à partir des années 60) dans le champ économique et social. Certains radicaux critiquent cette institutionnalisation, cette « babylonisation », d’autres se félicitent de ne plus être amalgamés à de « dangereux sectateurs ». Barbara Blake Hannah Makeda prône quant à elle une représentativité gouvernementale des rastas en Jamaïque. Finalité de cet engagement politique : « Rastafari doit un jour diriger la Nation ». Représentant de la Fédération Mondiale Ethiopienne Inc., Iqulah a rencontré la foi rastafarienne le 21 avril 1966, lors de la visite officielle du Roi des rois en Jamaïque. A ce titre, il fait sienne l’exhortation du Négus : « Organize and Centralize ». Sans se compromettre avec Babylone, le mouvement Rastafari doit évoluer, et combattre le système de l’intérieur.
Chanteur de reggae roots*, Iqulah est investi d’une « mission », et propage la bonne parole rastafarienne lors de ses concerts. Entretien avec l’ambassadeur Rasta Iqulah : « I pour Integrity ; Q pour Quality ; U pour Unity ; L pour Love ; A pour Africa ; H pour Home. »



Quels sont les enjeux d’une telle reconnaissance par l’ONU ?
Iqulah : En tant que rastas, I and I avons traversé de nombreuses tribulations. Il est aujourd’hui temps pour que le monde en général, et les Nations Unies en particulier, reconnaissent le travail effectué par le mouvement Rasta, car nous sommes un peuple qui a largement contribué à la libération des esprits. Nous ne sommes pas là pour promouvoir la guerre, Rastafari is One Love. Le combat a été dur mais nous sommes devenus plus forts. Nous dépasserons les difficultés, nous gagnerons ce combat car c’est le combat du bien contre le mal. I&I sommes optimistes, et nous resterons déterminés, et forts aussi bien mentalement, physiquement que spirituellement. Nous sommes pleinement confiant dans Jah, car nous savons que le bien finira par triompher du mal. Et alors, toutes les nations reconnaîtront unanimement que Rasta is One Love.
A travers la Fédération Mondiale Ethiopienne (EWF Inc.), établie en 1937 par Sa Majesté Impériale Haïlé Sélassié Ier, les membres du mouvement rasta sont aujourd’hui reconnus officiellement par l’Organisation des Nations Unies. Nous disposons à ce jour d’un siège aux Nations Unies.

Certains rastas affirment que le mouvement rasta ne doit pas pactiser avec le système, et qu’il n’a pas besoin de la reconnaissance de Babylone pour continuer à exister. Quel est votre opinion sur le sujet ?
I : Il ne s’agit pas pour nous de dépendre de Babylone. L’obtention de ce siège aux Nations Unies est un signe officiel d’une organisation mondiale qui a finalement décidé, après bien des luttes, de ne plus feindre de nous ignorer, et de nous reconnaître de façon claire et définitive. C’est un premier pas. C’est une évolution nécessaire. Yes Man, Rastafari !

Le mouvement Rastafari avait-il vraiment besoin de cette reconnaissance des Nations Unies ?
I : « Yes. ! La raison principale est la suivante : Sa Majesté Impériale nous a donné une terre en Ethiopie, à Shashamane. Nous avons rencontré de nombreux problèmes par le passé, à cause des changements successifs de gouvernements en Ethiopie. La décision des Nations Unies a joué un rôle décisif dans les relations que nous entretenons avec le gouvernement éthiopien. D’un point de vue légal tout d’abord : la terre de Shashamane est reconnue désormais comme un endroit légitime, dédiée et consacrée au rapatriement du peuple Rasta. C’est donc une décision majeure, extrêmement importante pour nous. Rastafari.

Quelle place occupez-vous dans ce nouveau processus ?
I : J’ai été désigné par la fédération Mondiale Ethiopienne pour être l’organisateur officiel du programme destiné à recueillir des fonds financiers pour développer la terre de Shashamane. Nous allons entreprendre une vaste tournée mondiale en ce sens. Cette série de concerts autour du monde doit nous permettre de récolter de l’argent pour le programme de développement. Notre premier objectif consiste à obtenir un million de dollars US pour commencer concrètement à développer Shashamane.

La décision des Nations Unies aura-t-elle des conséquences concernant le rapatriement ?
I : Là encore, la décision des Nations Unies doit être considérée comme un signe très positif. Car, dans l’agrément officiel, il est explicitement stipulé que plus de terres seront attribuées aux rastas de Shashamane, ainsi qu’à ceux qui s’y établiront dans le futur.
C’est la responsabilité de la communauté rastafarienne de mobiliser la diaspora noire dans ce processus de rapatriement, et nous acceptons cette responsabilité avec courage, remerciement, et joie. C’est notre mission. C’est ma mission.

Quelle est, à votre avis, la contribution majeure apportée par le mouvement Rasta ?
I : Nous les rastas, sommes les premiers à avoir libéré les esprits du colonialisme, et à avoir développé la conscience du monde noir. Nous avons compris qu’on ne pouvait pas continuer à plier devant le système colonialiste. Nous nous sommes mobilisés et nous avons pris conscience que l’Afrique serait notre seule projection. Le peuple en Jamaïque vit toujours enchaîné, mais nous avons libéré les esprits, et c’est là raison pour laquelle Bob Marley disait : « emancipate yourself from mental slavery ».

Parallèlement à vos démarches internationales, quelles sont vos activités en Jamaïque ?
I : J’ai crée un centre rastafarien en Jamaïque : le « Rastafari Andahnet » dans la paroisse de Saint Ann, la même paroisse où Marcus Garvey est né. Mon frère et moi avons travaillé durs pour ce centre dans lequel les rastas ont une place pour se rassembler. Et la fédération Mondiale Ethiopienne s’y est rendu pour l’un des ses meetings. C’est un endroit très symbolique où Bob Marley et Burning Spear sont nés. C’est également le seul endroit où tu peux allumer l’eau qui sort de la terre avec une allumette, et la voir se transformer en flamme : fire water ! Rastafari !

Quelle regard portez-vous sur l’avenir du mouvement Rasta ?
I : Nous sommes optimistes. Les rastas sont partout dorénavant. So I and I in Jamaica keep the fire burning ! Nous devons apprendre aux gens comment vivre Rastafari.

* Iqulah : références discographiques
- « Rasta 4 Eva » (2004 autoprod).
- « Rasta Live » 1 & 2 (autoprod).
- « The Mission » (autoprod).
- « Rasta Philosophy » (1987 autoprod).

Chronologie Rasta Official :

- 1961 : Pour la première fois, des chercheurs de l’université des West Indies effectuent un rapport officiel sur le mouvement Rastafari.

- 1961 : Date de la première « Mission to Africa » : une délégation de rastas et d’officiels jamaïcains entreprend une tournée transafricaine pour étudier les possibilités d’un éventuel rapatriement en Afrique.

- 1961 : Ras Sam Brown fonde le Black Man’s Party, et se présente aux élections, en dépit du désaccord de nombreux natty dreads.

- 1972 : Ras Steve McDonald fonde un parti politique : Jamaican Liberation Movement.

- 1980 : Ras Steve McDonald se présente aux élections jamaïcaines comme candidat indépendant.

-1982 : En Angleterre, un rapport du CCRJ (la Catholic Commission for Racial Justice ) reconnaît le Rastafari comme étant une « religion valide ».

- 1986 : Un rastafarien du nom d’Enerva Trotman est élu pour la première fois à la chambre parlementaire de la Guyane Anglaise.

- 1996 (14 novembre) : Le Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) reconnaît l’International Rastafarian Development Society comme une organisation non-gouvernementale (NGO).

- 1997 : L’IEWFPP (Imperial Ethiopian World Federation Political Party) présente plusieurs candidats aux élections générales de Jamaïque.

- 2004 : Ras Astor Black (JAM : Jamaican Alliance Movement) se présente aux élections en Jamaïque.




Texte & interview de Boris Lutanie

Dossier publié dans Ragga n°57 (novembre 2004), pp. 57 à 61.




Le livre « Jah Rastafari : abécédaire du mouvement Rasta » est de nouveau disponible dans une nouvelle édition :


JAH RASTAFARI

Abécédaire du Mouvement Rasta

de

Boris Lutanie






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- Quatrième de couverture :







Descriptif :
ISBN : 2-913723-12-2
Dépôt Légal : troisième trimestre 2007.
95 pages.
Prix : 15 euros.






Dossier de Presse :




- RAGGA

« Vous connaissez tous Boris. Car depuis quasiment les débuts de votre magazine préféré, il anime la rubrique Rastalogie pour mieux nous faire connaître cette culture, facette indéniable du reggae. Il n’est jamais facile pour un passionné de trouver un équilibre entre l’amour d’une culture et l’acuité descriptive, car ces deux notions s’annulent souvent chez les confusionnistes. Idem pour la tentation d’aller chercher dans un savoir des réponses toutes faites validant son empirisme (ou pour d’autres, leurs angoisses !). Il nous a semblé, à nous autres animateurs de Ragga, que Boris Lutanie avait résolu, le temps de ses articles mesurés et honnêtes, cette quadrature du cercle exempte de jugement péremptoire et véhéments sur un sujet sensible comme la foi Rasta. Raisons de plus pour solliciter une vraie rencontre célébrant la parution de son dernier opus. Si Lutanie se défend de toute objectivité forcément prétentieuse, qu’il nous laisse le droit, sa modestie dut-elle en souffrir, de faire l’éloge de la subjectivité radicale de son ‘’Abécédaire du Mouvement Rasta’’. Comme une invitation pour chacun à trouver sa voie à travers cette foi. »

Article de Bruno Debord publié dans Ragga magazine (n°36, décembre 2002), page 50.



- GROOVE

« Boris Lutanie, notre confrère journaliste chez Ragga, a récemment sorti « Jah Rastafari» (le Chat Noir Editeur), un ouvrage très intéressant sur le mouvement rasta. Sous forme d’un abécédaire allant d’Africa à Zion en passant par des termes plus complexes comme Nyabinghi, ce livre est plus complet que le précédant « Introduction au Mouvement Rastafari » sorti en 99 et épuisé depuis. Vous comprendrez donc l’importance du port des Dreadlocks chez les Rastas, la notion perpétuelle du retour en Afrique ou encore qui était Haïlé Sélassié. Après lecture de ces 85 pages, plus question d’écouter sans réfléchir les paroles de nos Reggaemen jamaïcains ! »

Chronique publiée dans Groove (n°67, janvier 2003), page 29.



- VIBRATIONS

« S’il n’a pas la notoriété que la presse rock a pu donner à Salewicz et Boot, Lutanie n’est pas vraiment un inconnu. Déjà à l’origine d’une « Introduction au Mouvement Rastafari », il sait nourrir sa plume d’une érudition qui n’est jamais gratuite. Il donne des éclairages inédits sur des malentendus (le mythe d’Haïlé Sélassié et la description de son voyage d’avril 1966 à Kingston), met en relief des glissements sémantiques (le fameux « Babylone » qui peut symboliser tous les aspects de l’autorité et de l’oppression)…»

Extrait de « Liner Notes », la chronique de Pascal Bussy, Vibrations (n°52, avril 2003), page 12.


- SOUL R&B

« Après la parution d’ « Introduction au Mouvement Rastafari » sort en mars 1999 au Chat Noir Editeur (réédité chez l’Esprit Frappeur en 2000 et 2002), Boris Lutanie nous présente une nouvelle publication consacrée à Rastafari, sous la forme d’un abécédaire, toujours au Chat Noir Editeur. Un ouvrage qui se veut plus complet que le précédant et qui vous permettra de décoder l’univers Rastafari le plus simplement du monde, sans pour autant tomber dans les clichés habituellement véhiculés sur le genre. »

Chronique publiée dans Soul R&B (n°6, décembre 2002, janvier 2003), page 11.








Introduction

Africa
Babylone
Cannabis
Dreadlocks
Ethiopisme
Fédération Mondiale Ethiopienne
Garvey
Howell
I&I
Jah
Kebra Negast
Livity
Marley
Nyabinghi
Origines
Politique
Queens
Rastafari
Selassié
Twelve Tribes of Israel
Unity
Végétarisme
War
Xaymaca
Youth Black Faith
Zion

Notes
Bibliograhie






EXTRAIT DU LIVRE (pages 9-11) :



AFRICA

Le Retour en Afrique est la pierre angulaire du mouvement Rastafari. L'espoir de quitter un jour prochain (« soon come ») le lieu d’exil pour la Terre-Mère est indissolublement lié à l’émergence de ce courant et demeure à ce jour un enjeu fondamental : « Repatriation is a must ! » L’idée du retour est bien antérieure aux revendications des rastas. En 1816, Paul Cuffee parvient à rapatrier trente huit esclaves en Sierra Leone. L’année suivante, l’ACS (American Colonization Society) propose à quelques afro-américains affranchis de retourner sur la terre ancestrale. Le bilan d’une telle opération se révèle toutefois partiel et controversé. Figure de proue du « Back to Africa movement », Marcus Garvey inaugure en 1919 une flotte maritime (Black Star Line Steamship Corporation) destinée à rapatrier la population noire sur le continent originel : « Nous retournons chez nous en Afrique pour en faire la grande république noire. » Accusé de sombrer dans le séparatisme et le « sentimentalisme géographique » par les partisans d’une intégration des citoyens noirs dans la société américaine, Garvey doit par ailleurs faire face aux complots judiciaires montés par le FBI. Les rêves du Moïse noir ne verront jamais le jour. Quoiqu’il en soit, la vision d’un possible Black Exodus pour les descendants d’esclaves continua de germer dans les esprits. En Jamaïque, les prémices du mouvement rasta reflètent une préoccupation identique : l’abolition de l’esclavage ne saurait être conçue comme une fin en soi, mais bien comme une étape vers un retour définitif à la terre natale : « Ethiopie, Terre de nos Pères. » Frappée par une pauvreté endémique, la Jamaïque connaît un véritable phénomène de « fuite migratoire ». Mis à l’index de la société jamaïcaine, les rastas attendent impatiemment que sonne l’heure de la délivrance. Malgré diverses tentatives de rapatriement avortées, initiées par Leonard Howell (1934), Prince Emmanuel (1958) ou Claudius Henry (1959), la communauté rastafarienne manifeste dans les rues de Kingston et scande à l’unisson : « Repatriation, yes ! Migration, no ! » Aussi légitime soit-il, le souhait des rastas ne rencontre qu’indifférence dédaigneuse chez la plupart des jamaïcains. En 1961, le gouvernement jamaïcain finance néanmoins une délégation composée de rastas, de représentants d’organisations noires et d’officiels gouvernementaux, en vue d’étudier l’éventualité d’un retour concret en Afrique. Cette première « Mission to Africa » sillonne de nombreux pays et les émissaires rastafariens obtiendront une audience prometteuse avec Haïlé Sélassié. En 1955, l’Empereur avait fait don d’un territoire de 500 hectares à la diaspora noire. En dépit des accords signés par plusieurs représentants africains, la mission se solde une fois de plus par un échec. De retour en Jamaïque, le gouvernement enterre le projet et la communauté rastafarienne se retrouve une fois de plus abandonnée et trahie par les « polytrickers ». Les rastas organiseront en 1963 une seconde mission (non-officielle) au cours de laquelle le Négus confirmera de nouveau son accord pour le rapatriement : « L'Ethiopie doit faire face à de nombreux problèmes. Cependant, nous accueillerons les frères rastas désirant résider ici. » Membre de cette seconde mission to Africa, le patriarche rasta Brother Samuel Clayton n’a jamais renoncé à l’espoir de retourner avec les siens sur la terre des ancêtres. Aujourd’hui encore, il légitime ce combat pour le rapatriement en vertu du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes :
« Nous les caraïbéens avons été victimes de l’esclavage. En 1665, John Hawkins a reçu une charte royale de la reine Elizabeth I l’autorisant à transporter des esclaves d’Afrique dans les Antilles. C’est en raison de ce syndrome de la déportation que le désir du retour en Afrique est né chez certains groupes, et c’est devenu une école de pensée portée par Marcus Garvey et les rastas. C’est un sentiment légitime et humain. Nous voulons rentrer chez nous en Afrique et aider les africains (…) Tout le monde ne veut pas forcément rentrer en Afrique, mais ceux qui ont ce désir devraient avoir cette liberté d’action. A nos yeux c’est un problème de restructuration globale sans laquelle aucun équilibre n’est possible. Le fait que les gens ne soient plus à leur place engendre le crime et la violence. » Totalement ignorée par les nations impliquées dans la traite négrière, l’idée d’un rapatriement massif sur le sol natal s’est heurté à des difficultés insurmontables. A défaut d’un retour collectif, la migration individuelle se poursuit en différents pays d’Afrique. Pour une large partie de la nouvelle génération de rastas, l’Afrique n’est plus envisagée comme la destination finale mais comme un lieu de pèlerinage. Un hiatus générationnel sépare les nouvelles orientations du mouvement et les déclarations d’un Prince Emmanuel : « L’Afrique est le grenier à blé du monde. Retrouvons le chemin de L’Afrique avant qu’ils n’en ferment tous les accès. Souvenez vous des paroles de l’Honorable Marcus Garvey : Je préférerais être pauvre en Afrique que riche en Occident. » Rongée par les mythes, Mama Africa ne serait plus en mesure d’offrir la vie édénique imaginée par ses orphelins d’outre-atlantique. Aujourd'hui, le mouvement Rastafari est partagé entre la conception traditionnelle d'un rapatriement « physique » et celle d'un « retour spirituel », culturel, au continent noir.

























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