| Réponse de Dubois Albert |
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Posté le : 24-08-06 à 00:33
IP : 80.236.130.xxx
Titre : RE: Spéléo au Maroc suite
le m
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Karst du sel Actuellement la plus longue grotte de sel d’Afrique
Ghar el Melh
Prérif - Maroc
Albert Dubois
Spéléo Club les Calcaires – SCC
Club de Recherches Spéléo Ourthe-Amblève - CRSOA
Nous chercherons donc comme si nous allions trouver,
mais nous ne trouverons jamais qu’en ayant toujours à chercher ( De Trinitate, IX,I )
Situation
Située dans le Prérif au nord du Rif, à 40 km nord-est de Fès dans la Province de Taounate, la Ghar el Melh s’ouvre sur un versant nord-est du Djebel Tissa [ 1 ], à 1,500 km du centre urbanisé de la commune de Tissa, l’ ancienne appellation Souk-el-Arba-de-Tissa ) [ 2 ]. La région est habitée par la tribu des Beni Ouamoud, dans le pays Hayaïna [ 3 ] qui a remplacé, entre 1540 et 1610 sous les Saadiens, la population berbère des Sanhajas. La grotte se situe au niveau de la plaine alluviale de l’Oued Lebène [4 ]. (affluent du fleuve Oued Sebou), inclus dans la saline appartenant à Messieurs Mounir Ahmed et Mohamed (père et fils), de Fès. L’Oued Lennsar contourne le Djebel Tissa par l’ouest.
Historique de la Ghar el Melh
- L’existence de cette grotte pourrait dater des années 1958, elle est signalée sans topographie dans l’Inventaire Spéléologique du Maroc (page 38) publié en 1981 à Rabat. En voici un extrait , « Elle se présente comme une rivière souterraine d’une longueur de 230 m »
- En 2003, après une visite assez brève, guidé par un ouvrier de la saline de Tissa, celui-ci me fit
découvrir l’ Affluent de la Cascade et dont la longueur estimée de ne devait pas excéder 100
mètres.(Dubois, 2004)
- En 2004 , du 19 mars au 03 avril, avec l’aide de Hicham El Khabaoui de Fès, au cours de 8 séances, nous avons exploré et topographié les diverses galeries, à savoir :
• La Galerie du Collecteur, 236 m.
• Affluent de la Cascade, 96 m.
• La Galerie des Canyons, avec désobstruction, 29 m
• Les Passages des Galets avec désobstruction, 42 m.
• Quelques autres diverticules, 22 m.
Soit un développement total de 422 m
[ 1 ] La population de Tissa était de 7.059 personnes en 1994
[ 2 ] Souk-el-Arba-de-Tissa = Marché-du- 4ème ( jour)-de- Tissa = Marché- du- mercredi-de-Tissa.
[ 3 ] Les Hayayna sont réputés pour l’élevage des chevaux Berhir, et pour leur fantasia.
[ 4 ] Lebene = « petit lait », En période de crue, l’eau de l’oued Lebene prend une teinte laiteuse à cause du charriage d’argiles
et de marnes blanches.
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Le site de la montagne de sel de Tissa.
La montagne de sel de Tissa s’étire sur 2 kilomètres de long pour un de large. Sur son flanc ouest, on trouve une proéminence à la côte de 270 m d’altitude ; à l’est, au Marabout Sbaa ou Rjel [ 5 ] l’altitude est de 312 m. ( photo n° 1 ) Son originalité réside en ce que le sel ne se trouve plus inclus dans la succession des couches géologiques en rapport avec la période de leurs dépôts, mais provient de zones profondes et a été déplacée jusqu’à la surface par diapirisme.
Sous un cap-rock ( voir l’encadré – Les diapirs ) argilo-gypseux, la colonne diapirique a entraîné ; des ophites [ 6 ], on trouve un piton d’ophite au sud est de la montagne ; un bloc de cipolins [ 7 ] blancs entièrement recristallisés ( d’après Jaillard, 1984 ) d’age jurassique ( extrémité SW) ; et de rares schistes primaires ( Michard, 1976), ( voir l’encadré sur - la genèse des diapirs ). La montagne actuelle n’est cependant que le témoin d’un massif de sel beaucoup plus vaste qui s’étendait sur cinq ou six kilomètres. En effet, en aval de Tissa, immédiatement sous les terrasses de l’Oued Leben, apparaît le complexe rouge et salé, et les rives de ce cours d’eau jusqu’à trois kilomètres vers l’aval montrent tous les éléments habituels, bordant le cirque de Tissa : pitons d’ophite, fragments de micaschistes, des calcaires jurassiques, marnes grises et bariolées salifères. Le relief restant visible est cette montagne de sel de couleur rouge vif, contraste violemment avec les coteaux blancs éocènes environnants (Lacoste, 1934). Seule sa limite septentrionale, la seule bien visible, rectiligne sur 1600 m, serait d’après Jaillard (1984), un contact par faille.
La montagne est sujette à l’érosion, on peut y voir de nombreux ravins et des effondrements de paroi. Plus particulièrement, elle est soumise à une intense dissolution ( la solubilité du sel dans l’eau peut atteindre 359 g/ litre à 20° selon Nicod, 1992 ).
La surface de la montagne est recouverte, notamment, d’argile rougeâtre issue du cap-rock. Cette couverture imperméable protège en partie le sel sous-jacent de la dissolution. En surface, on trouve quelques petites dépressions remplies d’eau et d’autres sans, dues probablement à la suffosion ou à la dissolution du sel sous-jacent. Cette surface argileuse est percée de nombreuses dolines ( photo n° 20), certaines dépassant 20 mètres de profondeur et atteignent les couches de sel. Parfois, ces dolines sont prolongées par un conduit pénétrable.
La pluviométrie y est importante, avec 557 mm / an ( calculée pour la période 1925-1949 à la Station d’observation de Tissa, à l’altitude 240m ) [ 8 ]. Cette pluviométrie importante est d’autant plus active pour entraîner la dissolution de la montagne de sel, laquelle n’aurait pas pu émerger à la surface du sol si elle n’était pas sujette à un rehaussement continu. La vitesse d’ascension de la masse de sel d’un diapir ( Perthuisot, 1991 ), peut-être importante à l’échelle géologique, est en moyenne de l’ordre du millimètre par an ou du kilomètre par million d’années.
La saline. Deux productions différentes: 1) Le sel est arraché directement au massif, les caillots salés sont broyés et donnent le sel gemme. 2) Le sel alimentaire ( avec ajout d’iode) et industriel dit d’évaporation. Ce procédé débute en mai et termine fin septembre. Il est obtenu de la manière suivant. A l’aide de l’eau d’un lac artificiel et de puits, conduit par des pompes vers la montagne du gisement de sel, par des tubes galvanisés, formant des jets. L’eau salée, mélangée avec de l’argile ( 7% d’insoluble), ruisselle du massif et est dirigée vers les bassins de dissolution, de décantation et d’évaporation. La production totale annuelle est d’environ 20.000 tonnes. Le front d’exploitation de la saline regorge de splendides concrétions et de cristaux créés par la dissolution par aspersion du massif de sel. Notamment des stalactites telles des anémolites, stalactites bifides blanches formées de cristaux cubiques emboîtés dont certaines montrent les dendrites de croissance des cristaux ( photo n° 4 ) ; des stalactites de teintes variées, orangé, jaune, certaines jaune virant au vert, une multitude de cristaux parfois de tons orangés, Les cristaux les mieux formés sont blancs. Dans la masse de sel en place, on trouve des lapiés aigus, des lames verticales acérées sculptées par la dissolution d’eau tombée verticalement au départ de surplombs. ( photos n° 2 )
[ 5 ] Le marabout Sbaa ou Rjel (d’après la carte au 50.000 de 1965),équivalence : Sabâto Rijel = les
Sept Hommes. Dans la tradition, on raconte que c’est un lieu saint où habitaient sept Saints
descendants du Prophète.
[ 6 ] l’ophite est une roche éruptive, c’est une dolérite à éléments de feldspath de forme allongée et
entrelacée entre elles.
[ 7 ] Le cipolin est un marbre contenant des impuretés ( argile ) donnant naissance à des lits micacés ou
serpentineux.
[ 8 ] A titre comparatif : plus de 700 mm par an au diapir karstifié de la Meledic en Roumanie ( d’après
Geografia României, 1995 ), ce qui est loin d’une pluviométrie de zone aride comme celle du diapir
karstifié du Mont Sedom en Israël avec 32 mm par an ( Hallot, 1998-1999 ).
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Description de la Ghar el Melh
L’ entrée
La résurgence [ 9 ] de la grotte est située à l’altitude d’environ 180 mètres, sensiblement au même niveau que la plaine alluviale de l’oued Lebene, en rive droite, sur le versant sud–est du djebel Tissa, au fond d’une échancrure creusée et éboulée dans la falaise. (photo n° 3)
L’entrée de la grotte est située 3 ou 4 mètres à l’aplomb de la résurgence, son seuil est rehaussé par des accumulations d’argile salifère provenant d’éboulements du versant extérieur surplombant le porche [ 10 ]. Dans la galerie faisant suite, le seuil redescend de plusieurs mètres. Le premier regard sur la rivière se situe à environ 6 mètres de l’entrée. Il est en forme d’entonnoir assez raide d’environ 3 mètres de diamètre, pour 2,50 mètres de profondeur. Le pourtour inférieur de l’entonnoir surplombe de seulement quelques centimètres le niveau d’eau de la rivière et est impénétrable. Ce type de regard se répète 4 fois dans le réseau. Le plafond est surchargé de petites stalactites blanches de sel ( photo n° 4 ) formées par les emboîtements de gros cristaux cubiques, ayant une de leur pointes orientées vers le bas et une autre vers le haut. On peut observer sur le plafond des concrétions obliques à environ 45° par rapport à la verticale. Certaines sont des bifides c’est à dire des stalactites dédoublée avec un angle d’environ 45° entre les deux branches ( voir l’encadré de – Spéléothèmes ). Certains cristaux en formation ont, à leur extrémité, des formes squelettiques de cristaux ou dendrites de croissance, de quelques millimètres de longueur et de largeur ( photo n° 4 ). A 15 m de l’entrée, dans le plafond, une petite galerie d’une dizaine de mètres de long remonte selon un axe est-ouest.
Au fond du porche, dans la pénombre, on observe au plafond, à moins de deux mètres de haut, une colonie de chauves-souris de 200 ou 300 individus, peut-être en cours de gestation en cette fin de mois d’avril. Il s’agit probablement de Petits Murins. Le lendemain de l’observation, ils s’étaient tous déplacés de deux mètres, mais toujours sur le même plafond. (photo n° 5 )
Galerie de l’Affluent de la Cascade
Peu avant le fond de la galerie d’accès, à droite, dans une paroi blanche et couverte d’une croûte avec des proéminences en forme de choux-fleur un petit boyau débouche dans une petite galerie fossile joliment ornée de stalactites anémolites ( terme utilisé par Giurgiu, 1985 pour désigner les concrétions courbées par l’intervention d’un courant d’air) obliques et blanches et de stalactites rectilignes (voir l’encadré de – Spéléothèmes ) . Une coulée est colorée d’un dégradé de tons brunâtres par du guano de chauves-souris. Une courte escalade permet d’atteindre une des deux lucarnes qui précédent la galerie de l’ Affluent de la Cascade ( photo n°6 et 15).
Sur les vingt premiers mètres, la galerie a été creusée par la rivière qui circule actuellement dans un réseau inférieur. Le plancher de la galerie fossile est incisé en son centre par un sillon étroit impénétrable, la hauteur restante du sol au plafond varie de 1,20 à 1,40 m seulement. Les deux côtés de la galerie sont pourvus de banquettes (voir les coupes des sections de la galerie sur la topographie). Une petite chute d’eau tombe de quelques mètres dans une petite dépression, du fond de laquelle l’eau se dirige vers l’ouest. Sur les parois du pourtour de la dépression, se trouvent de nombreuses stalactites à empilement monocristallin, blanches, opaques ou translucides, souvent étirées, une est décrite dans la figure n° 1. Certaines stalactites ont sur leur coté opposé à la chute d’eau, des beaux cristaux cubiques de sel emboîtés. D’autres stalactites présentent, par contre, sur leurs côtés exposés directement à la chute d’eau, une surface cristallisée plus plate).
En amont de la Cascade le fond de la galerie est incisé par un sillon étroit au fond duquel circule la rivière qui tend à établir là un nouveau profil d’équilibre longitudinal entre l’amont et le fond atteint par la chute d’eau.(photos n° 16)
Plus loin, la morphologie de la galerie est différente : le sillon devient moins profond, puis la rivière circule sur un fond plat recouvert de sédiments fins, ces derniers ralentissent la dissolution du lit de la rivière.
[ 9 ] Le débit constaté au cours des mois d’avril 2002 et 2003 est faible, il est d’environ 0,5 l / seconde.
[ 10 ] L’entrée représente la zone la plus évolutive et donc la plus instable de la cavité. A l’extérieur, elle est soumise à l’érosion et à la dissolution pluviale. L’air pénétrant dans le porche en période chaude se condense sur les parois plus froides, le sol se gorge d’eau pour devenir boueux et couler le long de la pente. Ces effets cumulés peuvent, d’une année à l’autre, engendrer l’obstruction de l’entrée. En Roumanie, dans la province de Prohova, Ica Giurgiu et son équipe, après avoir exploré et topographié le 13 septembre 1980 la Pestera 6 S de la Meledic (ex record du monde avec ses 1256 m ), constatèrent, le 25 octobre de la même année, que l’entrée de la grotte était bouchée par un effondrement massif de 100 m3. (Giurgiu 1985) En 1999, nous avions eu l’occasion de visiter une petite grotte-résurgence dans le sel située à la Melidic. L’année suivante, l’entrée était complètement obstruée par le glissement d’un pan oblique du versant de la vallée, seule l’eau de la résurgence avait réussi à traverser cet éboulement. Ce n’est qu’à l’aide d’une photographie de ce versant, faite l’année précédente, qu’on a pu identifier le site. Dans cette région, avec plus de 700 mm de pluie par an, les changements dans la morphologie externe et interne de ce karst de sel sont grandement accélérés !
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Plus loin encore, le sol de la galerie étant proche du niveau de base local, la dissolution du sel ne se fait plus verticalement, mais latéralement et de larges méandres apparaissent.
Dans certaines courbes concaves, des amoncellements de sédiments d’aspect terreux d’environ 1, 50 m d’épaisseur sont recoupés par le cours d’eau. Sur son parcours, on trouve une petite salle haute de 4 m, causée par un effondrement local. La galerie aboutit finalement sur un cône remontant et impénétrable de sédiments meubles et de blocaux de sel argileux. La rivière a contourné par la droite cet obstacle et a formé un méandre étroit qui, après quelques mètres de reptation dans la saumure, devient impénétrable.
La Galerie du Collecteur
Dans le fond de la galerie d’accès, à droite, la paroi est complètement tapissée de concrétions blanches : c’est là que débute la Galerie du Collecteur, précédée par une courte étroiture. Dans ce passage, on sent un courant d’air bien marqué. Juste après, à l’aplomb d’une paroi, des dépouilles décharnées de chauves-souris gisent sur le sol, la plupart sans tête. Est-ce un vestige de repas, prélevé sur des colonies installées à faible hauteur dans la galerie d’accès, par un carnassier tel le renard ? Sur une paroi, des fils épars sont tendus, à proximité se tient une araignée noire. Le plafond se relève et, pour continuer, on doit se faufiler entre des gerbes immaculées de stalactites à cristallisation partiellement cubique. ( photo n° 7 ) Elles penchent à la fois vers l’aval et vers l’amont de la galerie. Ensuite, sur une vingtaine de mètres, la galerie est large de 1 à 3 mètres pour une hauteur de 1.20 m minimum. La voûte, dépouillée de concrétions, laisse apparaître le fluage redressé, proches de la verticale, causées par la montée du diapir ( voir l’encadré sur - Les diapirs). On peut observer une succession ininterrompue de couches de sel argileux d’aspect mat, de ton brun, et de sel de couleur vert bouteille, à l’aspect vitreux. L’axe général de la Galerie du Collecteur suit assez fidèlement l’orientation du fluage.
Plus loin, la galerie s’élargit jusqu’à 3 à 4 mètres pour aboutir à un carrefour. Son centre est occupé par un regard en forme d’entonnoir (comparable au premier décrit près de l’entrée, mais moins profond) au fond duquel coule un filet d’eau. Sur la paroi à gauche, au-dessus de l’entonnoir, suite à un effondrement on aperçoit en coupe fraîche un fluage plissoté, produits probablement par une contrainte rencontrée dans fluage au cours de l’ascension de la masse de sel. Dans ce fluage plissoté ( photo n° 8 ), l’alternance des couches est mise en évidence par les différentes teintes du sel, verdâtres [ 11 ], brunes et blanches. A proximité, le sol est creusé par une gorge se dirigeant vers le sud. Sur son trajet, on observe deux fines stalactites, comparables à des fistuleuses de calcite. Celles-ci atteignent presque le sol, jonché à leur pourtour de nombreux fragments. De plus, sur le sol à l’aplomb des deux fistuleuses, se trouvent deux petites stalagmites, les seules rencontrées dans la grotte.
Galerie des Canyons
La gorge s’élargit en arrivant dans une salle basse, puis se divise en deux branches parallèles formant d’amples méandres, approfondis obliquement jusqu’à 3 mètres, d’où le nom de Galerie des Canyons. Celle-ci prend la direction sud-est, pour devenir parallèle à la Galerie du Collecteur. Aucune circulation d’eau ou de sédiment ne sont visibles dans les parties basses. Ici et là des galets et des brindilles reposent sur un replat plus élevé proche de la voûte. Peut-être les canyons se sont-ils creusés au travers du replat lors de débordements, par engorgement de la Galerie du Collecteur à l’occasion de crues brèves mais importantes.
En progressant sur le replat, on traverse des zones tapissées de boursouflures d’aspect neigeux de sel immaculé. Puis, on aperçoit des stalactites anémolites massives de teinte rouge orange ( photo n° 9 ), elles sont constituées par un agrégat de cristaux, leurs pointes parsèment la surface des stalactites, ou encore des concrétions blanches et boursouflées. Toutes ces stalactites sont fortement inclinées vers l’aval. Au plafond, le sel verdâtre contraste avec un groupe de bourgeonnements de sel rouge orange cette fois, prolongés par de nombreuses excentriques.
Sur une paroi à droite, dans le sel, il y a une inclusion massive d’environ 60 cm de diamètre, de teinte brune noirâtre d’aspect granuleux, compacte et très dure. Il s’agit d’un bloc de dolomie [ 12 ] ( photo n° 10, fléché ). qui aurait migré avec le fluage du diapir. A une dizaine de centimètres de ce bloc, on aperçoit sur la paroi, des fines strates subverticales de quelques millimètres d’épaisseur de gypse (ou d’anhydrite) En face, séparée par un petit canyon, on trouve sur le replat un fragment en place de ces mêmes strates de gypse. Elles sont mises en relief par la différence de solubilité avec le sel.
La Galerie du Canyon se termine par deux passages : un passage remontant aboutit dans la Galerie du Collecteur à quelque 6 mètres du porche d’entrée, l’autre prolonge la galerie, il est descendant et étroit (non encore visité).
Salle Mounir
Vingt mètres en amont de l’entonnoir signalé dans la Galerie du Collecteur, la galerie se poursuit elle est large de seulement 1 mètre au déboucher de la Salle Mounir ( nom des propriétaires de la saline et de l’emplacement de cette grotte) qui mesure 25 x 15 mètres.
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La Salle Mounir prend naissance par deux élargissements successifs, le premier portant l’écartement des parois à 8 m et le second, 10 mètres plus loin, à 13 m. Ces élargissements correspondent à deux fractures ou failles sur des axes 27° et 31° N ( photo n° 11), qui montrent de belles coupes au travers du sel. Sur la cassure orientée à 27°, près de la paroi droite, on aperçoit des stries légèrement courbes (photo n° 11), globalement plus verticales que la stratification. Sur le sol des gros blocs se sont détachés du plafond ; ils ont plusieurs mètres de long et de large sur plus d’un mètre de d’épaisseur. A l’autre extrémité de la salle, à droite, une fracture ou faille à 280° N. semble être à l’origine d’une galerie étroite, praticable sur un court trajet, encombrée de blocs d’éboulement, remontante d’abord sur quelques mètres, puis descendante.
Au centre de la salle, il y a un autre regard sur le cours actif et, à proximité, un amoncellement boueux de guano dégageant une odeur ammoniacale. A cette période de l’année, on n’observe ici aucune chauve-souris. L’air semble plus chaud dans les parties hautes de la salle : 21° et 48% d’humidité [ 13 ].
Sur un versant en pente gît une dépouille de renard encore recouverte de sa peau mais dépourvue de sa fourrure, à l’exception de ses moustaches. L’arrière-train a subi une torsion ; la dépouille semble avoir migré d’une terrasse positionnée un peu plus haut (nous sommes ici à 80 mètres de l’entrée).
Galerie du Collecteur (suite). Passage Hicham
Après la Salle Mounir, la Galerie du Collecteur présente, sur une distance de 30 mètres, une section large d’abord de 5 mètres pour se rétrécir ensuite à 2 mètres. Elle est parcourue par la rivière ; ici et là, des galets et de petits fragments d’ophite qui ont pris une couleur bleu-clair par altération.
Sur ce parcours appelé Passage Hicham (prénom de mon coéquipier), se trouve un ensemble de splendides stalactites inclinées vers l’aval. Leur support et leur alignement correspondent à une tranche de strate verticale, sur laquelle bourgeonne un sel de teinte noire ou grisâtre à reflets métalliques. Les bourgeonnements sont prolongés par des stalactites massives faites d’un agrégat de cristaux avec de gros pointements. Leur teinte est, soit blanc orangé et translucide, soit rouge orangé opaque. ( photo n°12 )
La galerie se poursuit en ligne droite sur environ 40 mètres, on peut y voir des anémolites. ( photo 13 )
Passages des galets
Sur le côté droit de la Galerie du Collecteur se trouvent deux petits affluents nommés Passages des Galets. Le premier passage aux parois raides est un conduit bas, l’affluent ayant incisé verticalement la masse du remplissage de galets allochtones [ 14 ]. Le plafond de sel est très bas, d’où la nécessité de progresser par reptation sur les galets, mouillés par la circulation d’air saturée en eau. Quinze mètres plus loin, on débouche dans une petite galerie basse et sinueuse creusée entièrement dans le massif de sel. Ensuite, les parois s’élargissent et disparaissent de nouveau dans le remplissage de galets. On perçoit nettement un courant d’air, une désobstruction pourrait y être envisagée.
Le deuxième passage, de dimensions encore plus restreintes, se termine en cul de sac dans les galets.
Galerie du Collecteur (suite et fin)
Dans une courbe de la Galerie du Collecteur, à droite, une souche d’arbuste, munie de ses racines et emmenée à cet endroit par une crue de la rivière souterraine, est coincée entre le talus d’alluvions et le plafond. ( photo 14 )
Plus loin, dans un rétrécissement situé à quelque 175 mètres de l’entrée et dans lequel il faut progresser en rampant, nous avons aperçu un renard, dont les yeux scintillaient dans l’obscurité. Curieux, il semblait être venu à notre rencontre. Une vingtaine de mètres plus loin, on atteint une petite salle, encombrée par un cône de sédiment sableux meuble et sec, criblé d’empreintes de pattes de renard. Le cône est remontant et atteint par endroits le plafond où subsistent encore quelques espaces suffisamment hauts pour le passage des renards. Un courant d’air y est perceptible, un élargissement permettrait peut-être d’atteindre l’orifice extérieur emprunté par ces animaux. La rivière semble avoir préféré contourner, par la droite, le cône sableux, par un minuscule boyau qui devient rapidement impénétrable.
[ 11 ] Sel vert = sel ferreux. Sel rouge = sel ferrique ( Moret,1962 )
[ 12 ] Des fragments ont étés prélevés et identifiés au microscope, par C. Ek, il s’agit des petits cristaux d’environ 100 microns =
1/10
de mm de diamètre, de dolomite translucide colorée par de l’oxyde de fer.
[ 13 ] Du point de vue thermique, la moyenne annuelle est de 19°, mesure faite dans la région de Taounate à 350m. d’altitude.
[ 14 ] Ces galets comme les autres rencontré dans la grotte, proviennent d’une ou de plusieurs terrasses anciennes de la
rivière aérienne du Lebene. Il n’est pas exclu que ces terrasses aient pas localement été rehaussées par la montée du diapir.
Ils ont pénétré dans la grotte par les dolines qui parsèment la montagne de sel.
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Spéléométrie mondiale des grottes dans le sel
Situation Cavités Développement
Afrique Algérie Grotte S 8 ( Delfa) (1) 282 m
Maroc Grotte Ghar El Melh (Tissa), (5) 422 m
Namibie On y signale une ou des grottes ?
Tunisie On y signale une ou des grottes (3) ?
Amérique Chili On y signale des grotte (3) 250 et 500 m
Etats-Unis Région de la Mammoth Cave (4) ?
Asie Israël Grotte de Malham (1)
Grotte Sedom (1)
5.685 m
1.799 m
Iran Grotte Tri Nahacu (2) 5010 m
Syrie On signale des grottes (3)
?
Tadjikistan diverses grottes (3)
de 300 à 2.500 m, -120 m
Europe Espagne Cova dels Meandres de Sal ( 9)
Grotte Forat Micó ( 8)
4.300 m, - 187 m
650 m
Pologne 2 grottes dans la mine de Wieliczka (6) quelques mètres
Roumanie Grotte 6 S de la Minzaleşti (1) (7) 3.234 m
Sources :
(1) Chabert Cl., Courbon P., 1997
(2) Bruthans J, 2002
(3) Bosak P., Bruthans J., Filippi M., Svoboda T., Smid J.- 1999
(4) Kliebhan B., 2003
(5) Dubois A., 2004-
(6) Informator Turystyczny, 1958 ?
(7) Giurgiu Ica , 1985
(8) Ek C., 1998
( 9) Ferran Cardona O., 2003
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Remerciements pour leur aide :
- Albert Briffoz, pour ses conseils à la rédaction de cet article.
- Mohamed Charroud de la Faculté des Sciences et Techniques de Fès.
- Michel Dethier, pour sa grande disponibilité, ses conseils à la rédaction de cet article et les traductions d’
article en anglais.
- Camille Ek pour les renseignements scientifiques et son analyse minéralogique.
- Eric Hallot, pour ses précieux renseignements tirés de son mémoire concernant les grottes de sel du Mont
Sedom.
- Jacques Sabatier, délégué FFS pour le Maroc.
- Roger Van denvinne, pour ses conseils à la rédaction de cet article et sa documentation.
- Luc Willems, pour ses éclairages scientifiques.
et Ahmed et ses amis du Prérif de l’asbl Anual de Droixhe à Liège, Belgique
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